Achats en vrac: avantages et inconvénients majeurs à connaître!

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Par : Pierre Dupont

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Le modèle de distribution en vrac fait de nouveau parler de lui, avec l’arrivée de marques bien connues comme La Vache qui rit dans les supermarchés français. Les acteurs du secteur du vrac cherchent à innover pour élargir et démocratiser ce concept. Mais le modèle du vrac est-il vraiment une manière durable de consommer ?

Le vrac est perçu comme une pratique de consommation ayant un impact moindre sur l’environnement, car il repose sur la vente de produits sans emballage, réduisant ainsi les déchets plastiques ou inutiles et encourageant l’utilisation de contenants réutilisables par les consommateurs. Dans ce système de distribution, les emballages prédéfinis par les fabricants disparaissent.

Dans ce modèle, les distributeurs et les consommateurs se chargent eux-mêmes de l’emballage des produits pour assurer la continuité des fonctions logistiques et marketing habituellement remplies par celui-ci. Non habitués à ce nouveau rôle, les intervenants du secteur du vrac peuvent commettre des erreurs ou adopter des comportements qui vont à l’encontre des avantages environnementaux attendus de cette pratique.

Contrairement aux discours généralement positifs sur les produits en vrac, nos recherches mettent en lumière les effets pervers et néfastes de la distribution en vrac. Lorsque les acteurs du vrac doivent gérer eux-mêmes l’emballage des produits, peut-on toujours parler de durabilité écologique ?

Une nouvelle approche de l’emballage

L’emballage a toujours joué un rôle clé. Il remplit plusieurs fonctions essentielles pour la distribution et la consommation des produits :

  • Fonctions logistiques pour préserver, protéger et stocker le produit : l’emballage aide à limiter les dommages et les pertes, notamment pendant le transport.

  • Fonctions marketing pour la reconnaissance du produit ou de la marque, qui sont réalisées grâce à des couleurs ou des formes distinctives créant un attrait visuel en rayon. L’emballage a également une fonction de positionnement, transmettant visuellement un certain niveau de gamme, ainsi qu’une fonction informative, servant de support pour communiquer des éléments clés tels que la composition, la date de péremption, etc.

  • Fonctions environnementales, comme la réduction de la taille des emballages et la promotion de certains types de matériaux – en particulier les matériaux recyclés et recyclables.

Dans le marché du vrac, il incombe aux consommateurs et aux distributeurs de remplir ces différentes fonctions à leur manière : ils peuvent leur accorder plus ou moins d’importance, privilégiant certaines par rapport à d’autres. Puisque les fabricants ne proposent plus d’emballages prédéfinis pour leurs produits, les consommateurs et les distributeurs doivent assumer conjointement cette tâche.

Assimilation ou adaptation

Notre étude sur la manière dont les consommateurs et les détaillants s’approprient ces fonctions d’emballage a utilisé diverses données : 54 entretiens avec des responsables de rayons et de magasins de vrac ainsi que des consommateurs de produits en vrac, et 190 publications sur Instagram accompagnées de 428 photos prises chez des particuliers et dans des magasins.

L’étude révèle deux modes d’appropriation des fonctions d’emballage :

  • par assimilation – lorsque les individus trouvent des moyens d’imiter l’emballage typique et ses attributs

  • par adaptation – lorsqu’ils imaginent de nouveaux emballages et de nouvelles manières de les utiliser

Certains consommateurs réutilisent des emballages industriels, comme des boîtes à œufs et des bidons de lessive, en raison de leur praticité éprouvée. Mais l’emballage peut également refléter l’identité de son propriétaire. Certains emballages sont bricolés, tandis que d’autres sont soigneusement choisis, mettant l’accent sur certains matériaux comme la cire, un tissu populaire en Afrique de l’Ouest utilisé pour les sacs réutilisables.

Lorsque l’emballage disparaît, l’information pertinente disparaît également

S’approprier les fonctions de l’emballage n’est pas toujours facile. Il existe un « côté obscur » au vrac, avec des effets potentiellement nocifs pour la santé ou l’environnement, et une exclusion sociale. Le vrac peut entraîner des problèmes d’hygiène ou de désinformation lorsque les consommateurs ne étiquettent pas correctement leurs bocaux, ou utilisent un emballage à d’autres fins. Par exemple, utiliser une bouteille de jus en verre pour stocker du détergent peut être dangereux si un membre du foyer ignore son contenu.

Le shopping en vrac peut également sembler exclusif pour les personnes ayant moins d’éducation culinaire. (Les professionnels à haut revenu de plus de 50 ans représentent 70 % de tous les consommateurs de produits en vrac.) Une fois l’emballage disparu, les informations pertinentes disparaissent également. Certains consommateurs ont réellement besoin de l’emballage pour reconnaître, stocker et savoir comment cuisiner un produit. Sans cette information, les produits peuvent finir à la poubelle !

Notre étude montre également l’ambivalence de la soi-disant « fonction environnementale » des achats en vrac – l’idée initiale étant que le vrac devrait réduire la quantité de déchets générés par les emballages. En réalité, cette fonction n’est pas toujours remplie, car de nombreux consommateurs ont tendance à acheter beaucoup de contenants ainsi que d’autres articles, tels que des étiquettes, des stylos, etc., pour les personnaliser.

Manque d’orientation des consommateurs

Après une période de forte croissance, le secteur du vrac a connu une période difficile pendant la pandémie de Covid-19, entraînant la fermeture de nombreuses boutiques spécialisées en France, selon une première enquête sur le vrac et le réemploi. Cependant, dans les supermarchés, certains détaillants ont investi pour rendre leurs rayons vrac plus attrayants – bien qu’en l’absence de conseils efficaces, les consommateurs n’ont pas réussi à les adopter pleinement. Les rayons vrac sont devenus juste un rayon parmi d’autres.

Cependant, les choses semblent s’améliorer et l’innovation est en hausse. En France, 58 % des membres du « Réseau Vrac et Réemploi » ont signalé une augmentation du trafic quotidien entre janvier et mai 2023 par rapport à 2022.

Les distributeurs doivent s’adapter à l’évolution des réglementations. Celles-ci stipulent que, d’ici 2030, les magasins de plus de 400 m2 devront consacrer 20 % de leur surface de vente de produits de consommation courante au vrac. De plus, la vente en vrac a fait son entrée officielle dans la législation française avec la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire publiée au Journal Officiel le 11 février 2020.

Dans ce contexte, il est d’autant plus nécessaire et urgent de soutenir les acteurs du vrac, afin qu’ils puissent adopter la pratique avec succès et la développer davantage.

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