RTE a remis aux autorités un pré-dossier pour la construction d’une ligne à très haute tension destinée à relier la Camargue à la zone industrielle de Fos‑Berre. Ce mouvement relance un débat sensible : comment alimenter en électricité les projets d’industries dites décarbonées sans sacrifier les territoires traversés ?
Le tracé envisagé couvre environ 65 km et vise une tension de 400 kV, reliant la Camargue et la Crau jusqu’à Fos‑Berre. Si l’objectif affiché est clair — sécuriser une alimentation électrique à la hauteur des futures installations industrielles — la technique et le parcours restent au coeur des tensions entre autorités, riverains, agriculteurs et associations environnementales.
Où en est le dossier?
Plusieurs mois après le bilan de la Commission nationale du débat public, le projet n’avance pas ligne droite. Le préfet des Bouches‑du‑Rhône, Jacques Witkowski, confirme que RTE a transmis un pré‑dossier qui est actuellement examiné par les services nationaux et locaux. Selon lui, ce document tient compte des recommandations de la CNDP en proposant plusieurs hypothèses, dont le maintien possible d’une solution aérienne.
La procédure de Déclaration d’Utilité Publique (DUP) avait été mise en attente après les élections municipales, reflétant la sensibilité du dossier sur le terrain. Le calendrier et la forme finale du projet dépendront désormais des retours des administrations ainsi que des nouvelles étapes de concertation prévues.
Les enjeux concrets
Ce projet n’est pas seulement technique : il porte des conséquences économiques, environnementales et sociales importantes. L’État évoque une nécessité stratégique pour permettre l’implantation d’industries bas carbone dans la région — une opération qui, selon les estimations liées au dossier, concerne jusqu’à 115 000 emplois indirects ou directs.
- Alimentation industrielle : garantir une puissance stable pour des sites fortement consommateurs d’énergie.
- Acceptabilité locale : conflictualité entre ligne aérienne et souhait d’enfouissement exprimé par une partie des acteurs.
- Environnement : risques perçus en zones sensibles comme la Camargue, et nécessité d’études d’impact approfondies.
- Calendrier : l’horizon évoqué antérieurement autour de 2030 dépendra des arbitrages techniques et administratifs.
- Coûts et financement : choix technologiques et mesures de compensation détermineront le budget final.
Sur le plan technique, les débats opposent une solution aérienne — souvent privilégiée pour sa rapidité et son coût relatif — à des variantes partiellement ou totalement enterrées, jugées moins visibles mais plus coûteuses et parfois techniquement plus complexes selon le relief et le sous‑sol traversés.
Du côté de l’État, la ligne est présentée comme un levier pour la transition industrielle : sans renforcement du réseau, certains projets de décarbonation risquent de rester au stade de proposition faute d’une alimentation suffisante. Pour les opposants, le risque est que les paysages et les activités agricoles subissent des dommages irréversibles.
Ce qu’il faut suivre
Les prochaines semaines et mois seront déterminantes : l’examen du pré‑dossier par les administrations, les nouvelles consultations locales, puis la décision sur le lancement ou non de la procédure de DUP. Autant d’étapes qui donneront une idée plus précise du tracé final et des technologies retenues.
En résumé, le dossier illustre la tension actuelle entre exigences de la transition énergétique à grande échelle et demandes de protection des territoires. RTE avance une proposition technique, mais l’issue dépendra autant d’arbitrages techniques que d’acceptation politique et sociale.
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Claire Leblanc est analyste économique passionnée par les tendances financières. Elle décode pour vous les enjeux du marché européen avec des analyses claires et accessibles.



