Interdiction du bisphénol A dans l’Union européenne
L’Union européenne a officiellement interdit l’utilisation du bisphénol A (BPA), une mesure entrée en vigueur avec le règlement 2024/3190 à la fin de l’année 2024. Cette décision est le fruit de plus de deux décennies d’études scientifiques dédiées à cet agent toxique discret. Le BPA s’introduit progressivement dans notre organisme en faibles concentrations, ce qui rend ses effets sur la santé difficiles à détecter avant qu’ils ne deviennent graves.
Le bisphénol A est un composé organique composé de deux anneaux phénoliques reliés au centre par une molécule de propane symétrique. Il est principalement utilisé dans les époxydes (un type de polymère), ainsi que dans certains autres plastiques et certains polycarbonates.
Le BPA est utilisé pour renforcer les matériaux plastiques, empêcher la contamination des aliments par les bactéries et éviter la rouille des conserves. Cependant, son utilisation non contrôlée et excessive dans les emballages l’a placé sur une longue liste de composés qui sont passés de progrès technologiques à des problèmes environnementaux. Parmi les autres composés interdits, on trouve :
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Dichloro-diphényl-trichloroéthane (DDT), utilisé dans la plupart des insecticides du 20e siècle et dans la lutte contre des maladies comme le paludisme, la fièvre jaune et la typhoïde. Son accumulation dans les chaînes alimentaires a conduit à son interdiction mondiale à la fin du 20e siècle.
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Freon, le plus répandu des chlorofluorocarbures (CFC), utilisés comme réfrigérants durant la seconde moitié du 20e siècle. Les recherches de Mario Molina et Frank Sherwood Rowland, publiées dans Nature en 1974 et récompensées par un prix Nobel en 1995, ont démontré comment les CFC détruisaient la couche d’ozone, conduisant au Protocole de Montréal en 1987 pour limiter leur production.
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Hexachlorocyclohexane (HCH), principalement utilisé comme insecticide en agriculture. Sa toxicité étant prouvée, son utilisation est strictement limitée dans l’UE et totalement interdite dans certains pays en raison de sa persistance dans les sols.
Le BPA a la particularité de mimer la structure des œstrogènes naturels, ce qui en fait un perturbateur endocrinien.
Depuis le début du siècle, la dose recommandée de BPA a été considérablement réduite. En 2006, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a proposé une limite de 0,05 milligrammes par kilo de poids corporel par jour. Cette limite a été progressivement réduite, et dans le dernier rapport de 2023, elle était de 0,2 nanogrammes/kg de poids corporel/jour, soit une réduction de 250 000 fois.
Le BPA dans l’environnement
Les stations d’épuration utilisent divers traitements pour éliminer la matière organique. Les étapes de post-traitement, comme l’ozonation et les ultraviolets, sont conçues pour éliminer les composés que les traitements biologiques conventionnels ne peuvent pas dégrader. Le BPA nécessite un traitement spécifique pour éviter son rejet dans les rivières, où il peut nuire à la faune.
Divers systèmes physiques, chimiques et biologiques sont capables d’éliminer jusqu’à 95 % du BPA présent dans les eaux usées. Cependant, leur installation augmente le coût global du traitement.
Législation environnementale
La Suède a été l’un des premiers pays à légiférer sur l’utilisation du BPA, suite à une controverse sur son utilisation dans les tétines de biberons. En juillet 2012, la Suède a approuvé une interdiction de l’usage du BPA dans les vernis et revêtements utilisés dans les emballages alimentaires pour les enfants de moins de trois ans.
À lire aussi :
Comment fonctionne REACH, le règlement de l’UE sur les substances chimiques ?
Le 19 décembre 2024, le règlement de la Commission (UE) 2024/3190 a été publié. Intitulé « sur l’utilisation du bisphénol A (BPA) et d’autres bisphénols et dérivés du bisphénol dans certains matériaux et articles destinés à entrer en contact avec les aliments », il est entré en vigueur le 20 janvier 2025. Ses principales directives sont les suivantes :
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L’utilisation du BPA et de ses sels est interdite dans la fabrication de matériaux et articles destinés à entrer en contact avec les aliments, tout comme la mise sur le marché de l’UE de matériaux et articles fabriqués avec du BPA.
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Des périodes de transition (entre 18 et 36 mois, selon le produit) sont établies pour l’application de la loi, notamment pour les articles à usage unique et les articles réutilisables destinés au contact alimentaire.
Cette législation environnementale préventive, basée sur des données scientifiques, vise à réduire les impacts sur la santé humaine et l’environnement et, sans aucun doute, à diminuer également les coûts économiques liés à la restauration des écosystèmes et de la santé.
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Pierre Dupont est journaliste spécialisé dans l’actualité européenne. Il vous guide au cœur des événements en France et sur le continent avec rigueur et clarté.



