Accord sur les Céréales en Mer Noire: La Russie Booste Ses Exportations, Aucun Arrêt!

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Par : Claire Leblanc

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ENTRETIEN. D’après Didier Nedelec, expert en marchés agricoles chez Sowing, l’accord entre Washington et Moscou ne modifiera pas significativement la situation des céréales russes.

Ce mardi, les pourparlers entre la Russie, l’Ukraine et les États-Unis à Riyad ont abouti. Moscou et Kiev ont convenu de mettre fin aux hostilités dans la mer Noire, a communiqué la Maison-Blanche. Les deux nations se sont engagées à « garantir la sécurité des navigations, éliminer l’usage de la force et interdire l’utilisation de navires commerciaux à des fins militaires dans la mer Noire », selon les autorités américaines. L’élément central de cet accord concerne les exportations de céréales russes, dont Washington souhaite faciliter le retour sur les marchés internationaux. Cependant, pour Didier Nedelec, spécialiste des marchés agricoles chez Sowing et connaisseur de la région, cet accord n’aura pas d’impact majeur.

LA TRIBUNE – Washington et Moscou viennent d’annoncer un accord visant à pacifier la mer Noire. La Maison-Blanche a également exprimé son désir de rétablir l’accès des produits agricoles russes aux marchés mondiaux. Quels changements concrets cela implique-t-il par rapport à la situation actuelle ?

DIDIER NEDELEC – L’accord est bienvenu mais il est important de noter que la situation était déjà fonctionnelle sans lui. Les céréales russes n’ont jamais été sous sanctions. Ainsi, il n’y a eu aucune cessation d’exportations de la Russie depuis le début du conflit. Au contraire, ils ont eu une excellente récolte il y a deux ans. Ils ont saturé le marché mondial en vendant autant qu’ils pouvaient, car c’était leur unique source de dollars « propres », les produits alimentaires n’étant pas sous embargo.

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Le seul souci rencontré concernait les exportations ukrainiennes depuis le port d’Odessa, problème qui a été résolu il y a plus d’un an. Et si actuellement les flux diminuent, ce n’est pas à cause de problèmes de sécurité, mais parce qu’il n’y a plus de stocks disponibles dans la région.

La Maison-Blanche a également exprimé son intention de « réduire les coûts d’assurance maritime et d’améliorer l’accès aux ports et aux systèmes de paiement pour ces transactions ». Pensez-vous que cela soit réaliste ?

Le fret maritime est généralement peu coûteux. Surtout en mer Noire, où il y a principalement deux flottes : une sous pavillon russe, présente en permanence et facilement assurée par des acteurs économiques locaux, et une autre, plus internationale, présente surtout de juillet à septembre pour les exportations mondiales, notamment vers l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est. Mais la saison étant presque finie, ces navires ne sont pas nécessaires en ce moment.

Quant aux engrais russes, la situation est effectivement plus compliquée, car ils sont sanctionnés dans certaines parties du monde. Le Brésil, premier consommateur d’engrais russes, adopte une position très prudente vis-à-vis du conflit russo-ukrainien. Le Brésil dépend fortement des engrais russes.

Si les céréales n’étaient pas sous sanctions et que le fret maritime n’est pas si coûteux, pourquoi Moscou a-t-il fait de ses exportations agricoles un enjeu majeur des négociations ces dernières années ?

Il est crucial de comprendre les subtilités des déclarations de Moscou. La Russie représente 25 % des exportations mondiales de blé… si elle cesse ses exportations, les conséquences seraient désastreuses. C’est pour cela que l’Égypte, qui dépend largement du blé russe, reste à l’écart du conflit en Ukraine.

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Le retour à la normale en mer Noire pourrait-il réduire la demande pour les produits agricoles français au profit de ceux de Moscou et Kiev ?

Non. Cela peut paraître contre-intuitif, mais c’est plutôt l’inverse. Depuis le début du conflit, la Russie et l’Ukraine vendent autant de céréales que possible et ont épuisé leurs stocks. Pour les Russes, cela leur permet d’obtenir des dollars, tandis que pour les Ukrainiens, cela sauvegarde leur économie et leurs exploitations agricoles.

Aujourd’hui, les marchés agissent comme s’il y avait un excès de blé, alors que les données sur les récoltes mondiales indiquent le contraire. C’est risqué. Si un problème survient quelque part dans le monde, nos stocks ne seront pas suffisants pour compenser.

Propos recueillis par Julien Gouesmat

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