ANALYSE. Les dirigeants américains et russes visent l’Arctique non seulement pour des raisons de sécurité mais aussi pour des gains économiques significatifs.
«Nous avons besoin du Groenland, il nous est indispensable». Ces mots, prononcés mercredi dernier par Donald Trump, ont été répétés depuis qu’il a repris sa place à la Maison-Blanche. Et comme toujours, ils suscitent le mécontentement du gouvernement groenlandais et du Danemark, qui administre une partie de ses affaires. La réponse reste inchangée : « Le Groenland n’est pas à vendre ».
L’administration Trump, dans sa deuxième incarnation, persiste et signe en réitérant sa demande et en intensifiant la pression : la visite récente de la base américaine de Pituffik au Groenland par le vice-président américain J. D. Vance en témoigne. Il a affirmé que « l’utilisation de la force n’était pas nécessaire ».
L’obstination américaine se justifie par deux intérêts principaux. Le premier fait souvent les gros titres : selon le président Trump, posséder ce territoire « renforcerait la sécurité des États-Unis » et, par extension, celle « du reste du monde ». Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide qui en a découlé, cette région est vue comme un élément clé du dispositif antimissile américain contre la Russie.
Convergence commerciale entre les États-Unis et la Russie
En outre, cette zone géographique abrite également des intérêts économiques considérables pour les États-Unis. Lors de négociations sur la paix en Ukraine à Ryad, des diplomates américains et russes ont évoqué des discussions spécifiques sur ces enjeux, bien que les détails précis des conversations n’aient pas été divulgués.
Récemment, Vladimir Poutine a décrit le projet de prise de contrôle du Groenland comme « sérieux ». Le président russe s’est également dit prêt à collaborer avec des « pays amis » dans l’Arctique, et avec les pays occidentaux « s’ils sont intéressés ».
Cette vision pourrait s’aligner avec celle de Donald Trump, qui, fidèle à sa diplomatie « transactionnelle », a exprimé à plusieurs reprises son désir de réintégrer la Russie comme un partenaire commercial clé des États-Unis et du monde. Son appel récent à réintégrer Moscou dans le système bancaire mondial Swift et à lever les sanctions sur ses actifs reflète clairement cette intention.
Une route maritime en pleine expansion
Le réchauffement climatique et la fonte des glaces ouvrent de nouvelles routes maritimes dans l’Arctique. Les États-Unis et la Russie en sont conscients. Lors d’un forum arctique la semaine dernière à Mourmansk, Vladimir Panov, représentant spécial pour le développement de l’Arctique du groupe énergétique russe Rosatom, a annoncé que 37,9 millions de tonnes de frets russes avaient été transportées via la « route maritime du Nord » en 2024.
« Un record », a-t-il déclaré, pour cette voie commerciale qui aspire à concurrencer un jour le très fréquenté canal de Suez (environ 457 millions de tonnes en transit). Actuellement, ce sont les marchandises en provenance de Chine et de certains pays d’Asie du Sud-Est, tel que le Vietnam, qui stimulent le trafic dans cette région polaire.
Les minéraux du Groenland, très convoités
Les minéraux du Groenland attirent également l’intérêt des pays occidentaux, de la Russie et de la Chine. Depuis 2009, il appartient légalement aux Groenlandais de décider de l’utilisation de leurs ressources naturelles, mais de nombreux pays occidentaux pratiquent un lobbying intensif pour accéder à ces ressources cruciales pour les nouvelles technologies (semi-conducteurs, puces, etc.) et les équipements liés à la transition énergétique (énergies solaire et éolienne en particulier). En 2019, les Américains ont signé un mémorandum sur la coopération dans ce secteur, suivi quatre ans plus tard par les Européens avec leur propre accord de collaboration.
Du rêve à la réalité
Toutefois, comme pour la voie maritime, l’exploitation des minerais de l’Arctique est également freinée par le manque d’infrastructures : seules deux mines sont actuellement exploitées au Groenland, l’une pour les rubis, qui cherche de nouveaux investissements, et l’autre pour l’anorthosite, un métal contenant du titane.
De plus, une chercheuse du groupe de réflexion Europa a souligné un autre obstacle très tangible : « Les conditions climatiques extrêmement difficiles, un environnement protégé et de nombreux coûts liés à la nécessité de développer les infrastructures physiques et numériques. »
Il existe également une opposition persistante des Groenlandais à l’extraction d’uranium dans le sud de leur territoire, matérialisée par une législation qui interdit l’extraction de produits radioactifs. En outre, l’exploitation des énergies fossiles est actuellement au point mort, les gouvernements successifs du territoire ayant suspendu la prospection et misé plutôt sur l’hydroélectricité.
Ces nombreux obstacles expliquent pourquoi Donald Trump souhaite transformer le Groenland en un État américain : si cela se produisait, aucune contrainte légale ne lui serait opposée, permettant ainsi au « business » de naviguer librement sur les eaux polaires.
Mathieu Viviani
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Claire Leblanc est analyste économique passionnée par les tendances financières. Elle décode pour vous les enjeux du marché européen avec des analyses claires et accessibles.



