L’ascension des populistes de droite continue de marquer l’Occident, poussant de nombreux observateurs à se demander comment les partis traditionnels peuvent réagir. Cette situation est en partie due à l’échec des partis politiques à aligner leurs politiques sur les opinions des électeurs concernant l’immigration.
L’Allemagne est un cas emblématique à cet égard. En 2013, le pays ne comptait aucune formation populiste de droite significative. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) existait déjà, mais n’était ni populiste ni ouvertement anti-immigration. Cependant, l’immigration vers l’Allemagne était en hausse.
Avant 2013, des centaines de milliers de demandeurs d’asile en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient arrivaient chaque année en Allemagne. De nombreux Allemands souhaitaient une réduction de l’immigration, mais les partis politiques allemands ne proposaient pas de politiques correspondantes. Le public et les parlementaires n’étaient déjà plus sur la même longueur d’onde.
Pour mesurer ce désaccord, des chercheurs ont posé la question suivante à des échantillons représentatifs de parlementaires allemands et de citoyens ordinaires en 2013 : « Devrait-il être plus facile ou plus difficile pour les étrangers d’immigrer ? »
Les participants pouvaient choisir parmi 11 réponses, allant de « 0 – l’immigration devrait être beaucoup plus facile pour les étrangers » à « 10 – l’immigration devrait être beaucoup plus difficile pour les étrangers ».
Les résultats révèlent que la majorité des Allemands souhaitaient restreindre l’immigration en 2013. Malgré cette demande publique, presque tous les parlementaires des quatre principaux partis souhaitaient faciliter l’immigration.
Attitudes envers l’immigration en 2013 :
Deux ans plus tard, en 2015, la crise des réfugiés a éclaté. En quelques années seulement, deux millions de demandeurs d’asile sont entrés en Allemagne. Face à cela, les Allemands ont commencé à considérer l’immigration comme un enjeu de plus en plus crucial et ont voté de plus en plus en fonction de leur position sur ce sujet. Comme la majorité des Allemands souhaitaient une immigration réduite, cela a renforcé la demande pour un parti anti-immigration.
Pendant cette période, l’AfD a modifié sa plateforme politique pour devenir le seul parti en Allemagne clairement en faveur d’une réduction drastique de l’immigration. En conséquence, l’AfD est devenu le seul parti à représenter la volonté de nombreux Allemands sur la question qu’ils considéraient comme la plus importante.
Attitudes envers l’immigration en 2017 :
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que l’AfD ait fortement augmenté sa part de voix lors des élections de 2017, devenant ainsi le premier parti à droite des conservateurs à entrer au parlement fédéral.
Mon étude révèle des tendances similaires à travers l’Europe. Dans 27 pays, la plupart des partis politiques traditionnels sont beaucoup plus favorables à l’immigration que la majorité de leurs électeurs.
Le fossé de représentation n’est pas seulement systématique entre les pays mais aussi entre les différentes questions politiques et sous-groupes d’électeurs. Sur presque toutes les questions culturelles, comme le multiculturalisme ou les relations de genre, j’ai constaté que les électeurs sont plus conservateurs que leurs parlementaires.
En Europe, la différence entre l’électeur moyen et le parlementaire moyen est aussi grande que celle entre un parlementaire conservateur et socialiste moyen.
Même les électeurs ayant le même niveau d’éducation, ou ceux bien informés sur la politique, sont beaucoup plus conservateurs culturellement que leurs représentants. Même les immigrants eux-mêmes sont beaucoup plus opposés à l’immigration et au multiculturalisme que le parlementaire moyen.
Bien que ces écarts de représentation culturelle existent depuis longtemps, c’est l’augmentation de leur saillance et de leur importance perçue qui contribue à la montée du populisme de droite, principalement alimentée par l’importance accrue de l’immigration.
Ces résultats sont importants car ils peuvent fournir aux politiciens les informations nécessaires pour reconquérir les électeurs. Et à un niveau plus profond, ces découvertes soulèvent la question de savoir si les partis traditionnels doivent ajuster leurs politiques en matière d’immigration.
Un argument important des politiciens traditionnels contre les populistes est que, une fois au pouvoir, ces derniers cherchent à établir des dictatures, puis gouvernent contre l’intérêt du peuple. Toutefois, cet argument perd de sa force si les partis traditionnels ne reconnaissent pas et n’agissent pas sur les problèmes jugés les plus importants par le peuple.
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Pierre Dupont est journaliste spécialisé dans l’actualité européenne. Il vous guide au cœur des événements en France et sur le continent avec rigueur et clarté.



