Fatigue liée au cancer du sein: découvrez les bienfaits de l’activité physique adaptée!

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Par : Pierre Dupont

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La fatigue, souvent perçue comme un signe des temps modernes, se manifeste de manière bien plus sévère chez les patients atteints de cancer. Ce type de fatigue, qui est non seulement un symptôme fréquent mais aussi le plus souvent rapporté, est généralement sous-estimé dans les plans de traitement. Elle affecte grandement la qualité de vie des patients, entraînant un fardeau physique et psychologique considérable.

Cette problématique a donné lieu à un projet de recherche doctorale en 2024 dans le domaine des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS), axé sur la prise en charge de la fatigue liée au cancer.

La fatigue liée au cancer et son impact sur la qualité de vie

La fatigue liée au cancer est une condition complexe et profondément subjective, caractérisée par une intensité qui dépasse largement l’effort physique. Contrairement à la fatigue quotidienne, elle ne disparaît pas avec le repos et peut perdurer des années après le traitement. Cette fatigue perturbe les activités quotidiennes, isole les patients et provoque souvent des incompréhensions avec les soignants et les proches.

Malgré sa fréquence, la fatigue liée au cancer n’est pas suffisamment reconnue par les professionnels de santé et les familles. Toutefois, des solutions comme l’Activité Physique Adaptée (APA) offrent des interventions efficaces.

Atténuer les effets secondaires des traitements contre le cancer

L’activité physique régulière est l’une des stratégies les plus efficaces pour contrer les effets secondaires du cancer et de ses traitements, notamment la fatigue. Des rapports de l’Institut National du Cancer (2017) et de l’Inserm (2019) confirment l’importance d’intégrer des séances d’APA dans les plans de soins dès que possible.

Encadrées par des professionnels qualifiés en APA (EAPA) formés via les programmes STAPS, ces séances visent à lutter contre la sarcopénie – une perte significative de masse musculaire considérée comme un facteur de risque indépendant. Les complications liées à la sarcopénie peuvent être fatales, même lorsque les tumeurs sont médicalement contrôlées. De plus, l’APA améliore la tolérance aux traitements et réduit le risque de récidive pour certains cancers.

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L’APA, un soin de support oncologique essentiel

La chercheuse australienne Prue Cormie a parfaitement illustré le potentiel de l’APA avec cette analogie : « Si nous avions une pilule appelée exercice, elle serait réclamée par les patients atteints de cancer, prescrite par les oncologues et subventionnée par les gouvernements. »

Bien que l’APA soit reconnue comme une option de soin de support efficace, son adoption reste limitée. Les patients se sentent souvent trop fatigués pour faire de l’exercice, créant un défi paradoxal : l’épuisement que l’APA est censé atténuer devient un obstacle à sa pratique.

Ce paradoxe a été mis en évidence lors d’une étude portant sur 25 femmes en traitement pour un cancer du sein. Leurs expériences ont souligné la nécessité d’interventions APA personnalisées, adaptées aux différentes étapes de leur parcours de maladie.




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Cependant, l’analyse des récits des patients suggère d’appréhender cette sensation de fatigue comme elle évolue au fil des étapes de la maladie. Comprendre plus précisément les différentes nuances de la fatigue permet de développer des approches thérapeutiques plus ciblées, notamment à travers l’activité physique adaptée.

La fatigue vue à travers le prisme des saisons

  • Automne : La phase de diagnostic apporte un bouleversement alors que les patients s’ajustent à leur nouvelle identité de « patients ». Cette phase est marquée par une surcharge cognitive et une fatigue mentale. Des séances individuelles d’APA peuvent préparer les patients au traitement tout en offrant un soutien personnel et une stabilité au milieu des perturbations relationnelles.

  • Hiver : Représentant la phase de traitement aigu, l’hiver reflète les effets sévères de la chimiothérapie et de la radiothérapie, aggravés par l’isolement et une fatigue profonde. Les séances de groupe en APA durant cette période fournissent un soutien émotionnel et cognitif, aidant les participants à trouver une solidarité avec leurs pairs.

  • Printemps : La phase de rémission, symbolisée par le printemps, est une période d’ambivalence. Les patients luttent pour se réintégrer dans la vie « normale » tout en gérant les effets secondaires persistants et la peur de la récidive. Les séances mixtes d’APA, impliquant d’anciens patients et des participants en bonne santé, soutiennent la transition vers la vie post-cancer.

Les dimensions sociales de la fatigue

Combattre la fatigue physique est l’objectif principal de ces séances. Cependant, une analyse des témoignages des patients révèle que, comme la douleur, la fatigue défie souvent le langage lorsqu’il s’agit de communiquer l’expérience aux autres. Cela souligne la nécessité de considérer non seulement l’expression de la fatigue mais aussi sa réception par autrui.

De nombreux participants ont souligné la difficulté de faire comprendre leur fatigue aux personnes en bonne santé. Cet écart souligne l’importance unique d’être parmi d’autres patients, pendant et après le traitement. Les activités basées sur la pair-aidance, telles que les séances d’APA, créent des conditions qui facilitent le partage social de la fatigue, favorisant un sentiment de solidarité authentique.

Reconnaissant les défis auxquels ces femmes sont confrontées pour réintégrer leurs expériences dans un cadre de compréhension partagé – bien que la fatigue soit un sujet courant dans les interactions quotidiennes – cette étude réfléchit également aux implications plus larges de la fonction phatique de la fatigue.

Comme l’a noté le psycho-sociologue Philippe Zawieja, il a fallu un changement culturel significatif pour que la fatigue devienne phatique – en d’autres termes, un sujet qui peut être mentionné de manière désinvolte sans transmettre d’information significative. Tout comme les petites conversations sur le temps ou le « Bonjour » qui commence un appel téléphonique, les références à la fatigue servent souvent de rituels conversationnels : « Pas trop fatigué ? »

Lorsqu’elles sont posées à des personnes vivant avec des maladies telles que le cancer, ces questions peuvent sembler tout aussi anodines. Pourtant, elles contribuent souvent à banaliser les types spécifiques de fatigue vécus par une population de patients en croissance. Ces individus sont pris entre les attentes sociétales de résilience et le besoin de reconnaissance de leurs expériences uniques de fatigue.

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