Paillettes: leur éclat cache un impact alarmant sur la chimie des océans

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Par : Pierre Dupont

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Le côté obscur du brillant

Le brillant, avec son aspect festif et amusant, est souvent le chouchou des décorations, du maquillage et des projets artistiques. Cependant, malgré son apparence inoffensive et attrayante, le brillant cache une réalité moins reluisante. Ces petites paillettes se retrouvent souvent loin des tables de fête et des cartes de vœux, scintillant même sur les plages, ramenées par les marées.

Dans nos études récentes, nous avons constaté que le brillant, fabriqué principalement à partir d’un polymère plastique courant appelé polyéthylène téréphtalate (PET), ne se contente pas de polluer l’océan. Il perturbe également activement la vie marine, notamment dans la formation de coquilles et de squelettes, ce qui représente un problème bien plus grave qu’il n’y paraît.

Pour faire simple : le brillant favorise la formation de cristaux inattendus par la nature. Et ces cristaux peuvent fragmenter davantage le brillant en pièces encore plus petites, aggravant ainsi le problème de pollution de manière durable.

Les microplastiques sont généralement perçus comme de petites perles issues de gommages pour le visage ou des fibres de vêtements, mais le brillant appartient à une catégorie à part. Il est souvent composé de films plastiques superposés avec des revêtements métalliques, utilisés dans les fournitures d’artisanat, les cosmétiques, les décorations de fête et les vêtements. Il est brillant, coloré, durable et extrêmement petit, ce qui le rend difficile à nettoyer et facile à ingérer par les animaux marins, car il semble appétissant.

Cependant, notre article de recherche publié dans la revue Environmental Sciences Europe révèle que ce qui distingue vraiment le brillant des autres microplastiques, c’est son interaction active avec son environnement, plutôt que de simplement dériver passivement.

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Dans notre laboratoire, nous avons recréé les conditions de l’eau de mer et ajouté du brillant au mélange pour explorer son impact sur la formation des minéraux – tels que ceux utilisés par les animaux marins pour construire leurs coquilles. Les résultats ont été étonnamment rapides et incroyablement constants : le brillant stimulait la formation de minéraux tels que la calcite, l’aragonite et d’autres types de carbonates de calcium, dans un processus connu sous le nom de « biominéralisation ».

Une machine à croissance cristalline

Au microscope, nous avons observé que les particules de brillant agissaient comme de petites plateformes pour la croissance des cristaux. Les minéraux se formaient sur toute leur surface, particulièrement autour des fissures et des bords. Ce n’était pas un processus lent : les cristaux apparaissaient en quelques minutes.

Cela peut compliquer les processus naturels. Les créatures marines utilisent des conditions très précises pour fabriquer leurs coquilles avec la forme et la solidité adéquates. Lorsque quelque chose comme le brillant modifie ces règles – en accélérant la croissance des cristaux, en changeant les types de cristaux qui se forment – cela peut perturber ces processus naturels. C’est comme si vous faisiez cuire un gâteau et que soudainement le four montait à 1 000ºC, vous obtiendriez peut-être encore un gâteau, mais ce ne serait pas celui que vous aviez prévu de cuisiner.

Pire encore, à mesure que les cristaux grandissent, ils poussent contre les couches de brillant, provoquant des craquelures, des écaillements et des ruptures. Cela signifie que le brillant se transforme en morceaux encore plus petits, connus sous le nom de nanoplastiques, qui sont plus facilement absorbés par la vie marine et presque impossibles à éliminer de l’environnement.

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Les microplastiques sont consommés par la vie marine, des poissons et des tortues aux huîtres et au plancton. Cela affecte la manière dont les animaux se nourrissent, grandissent et survivent. Lorsque nous consommons des fruits de mer, ces microplastiques deviennent également partie intégrante de notre propre alimentation.

Mais nos découvertes montrent que le brillant ne se contente pas d’être ingéré. Il modifie la chimie de l’océan de manière subtile mais significative. En favorisant la croissance de minéraux inappropriés, le brillant pourrait interférer avec la manière dont les animaux marins forment initialement leurs coquilles ou leurs squelettes.

Ce problème ne concerne pas uniquement la faune. L’océan joue un rôle clé dans la régulation du climat terrestre, et la formation de minéraux en fait partie. Si la formation de carbonate de calcium dans l’océan change, cela pourrait également affecter le cycle du carbone sur la planète.

Ainsi, la prochaine fois que vous verrez du brillant sur une carte d’anniversaire ou dans une palette de maquillage, gardez cela à l’esprit : il peut sembler être une simple étincelle inoffensive, mais dans l’océan, il se comporte plus comme un perturbateur chimique voyant. Ce qui semble petit et brillant pour nous pourrait être un perturbateur silencieux et majeur pour le monde marin.

Et une fois qu’il est là, il ne disparaît pas.

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