Mercredi 18 mars, l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) a confirmé une hausse surprise des réserves de pétrole brut aux États‑Unis, alors que les tensions militaires au Moyen‑Orient continuent de perturber les voies maritimes. Ce cumul massif de stocks révèle une paralysie logistique aux conséquences immédiates pour les prix, les assureurs et la répartition mondiale des approvisionnements.
- Stocks : +6,2 millions de barils sur la semaine close le 13 mars, à 449,3 millions.
- Exportations : chute de 16 % à 3,88 millions de b/j.
- Coût du fret : affréter un super‑pétrolier vers l’Asie revient à près de 29 millions de dollars, soit environ 14,50 $/baril.
- Importations canadiennes : 4,42 millions de b/j, proches d’un record.
Hausse inattendue des stocks
L’EIA déjoue les attentes du marché. Les analystes tablaient sur une baisse de 1,5 million de barils ; au lieu de cela, les réserves commerciales ont bondi de 6,2 millions durant la semaine achevée le 13 mars. L’agence a précisé qu’une correction statistique de près de 597 000 b/j sur des périodes antérieures a amplifié ce mouvement apparent.
Ce signal ne traduit pas une explosion de la production domestique mais un ralentissement des sorties : des cargaisons restent bloquées dans les terminaux du golfe du Mexique faute d’affrètement ou de débouchés à l’export.
Fret maritime au cœur du blocage
Le coût du transport international pèse désormais comme jamais sur la marge d’arbitrage entre marchés. Envoyer un supertanker vers l’Asie coûte environ 29 millions de dollars, soit près de 14,50 $ par baril — l’équivalent d’un cinquième du prix du WTI. En août 2025, cette charge représentait à peine 5 %.
Face à ces tarifs, plusieurs acteurs préfèrent stocker le brut à Cushing plutôt que l’expédier à perte, alimentant l’accumulation intérieure.
Raffinage en retrait
La capacité de transformation reflue : le taux d’utilisation des raffineries est observé à 86 % selon des données de terrain, même si l’EIA pointe des segments à 91,4 % avec des variations techniques. La différence s’explique par des arrêts définitifs ou temporaires.
Des fermetures récentes et programmées — comme la raffinerie Phillips 66 de Wilmington (fin 2025) et l’arrêt annoncé du site Valero de Benicia au printemps — réduisent la demande domestique de brut et limitent l’absorption des volumes en excès.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Stocks commerciaux de brut | 449,3 millions de barils (+6,2 M) |
| Exportations | 3,88 millions b/j (-16 %) |
| Réserve stratégique (SPR) | 415,4 millions de barils (stable) |
| Importations canadiennes | 4,42 millions b/j |
| Taux d’utilisation des raffineries | Environ 86 % (données de terrain) |
Le rôle moteur du détroit d’Ormuz
La flambée des prix depuis le début du conflit s’explique en grande partie par la dégradation du passage d’Ormuz. Les autorités iraniennes ont limité et filtré le trafic, en recourant à des drones et à des engins explosifs qui ont fortement dissuadé les transitaires. Depuis l’escalade, le transit des pétroliers a plongé d’environ 90 %.
La stratégie est sélective : certains navires turcs, indiens ou chinois obtiennent des autorisations, tandis que les bâtiments liés aux intérêts occidentaux sont écartés. Cette configuration donne à Téhéran une marge de manœuvre importante sur les flux et accroît les prime de risque.
Assureurs et couverture des risques
La crainte des attaques en mer a poussé des assureurs maritimes majeurs à suspendre les garanties pour zones de guerre. Des sociétés reconnues comme Gard et Skuld ont annoncé la suppression de la couverture « war risk » pour certaines routes et navires. Sans police d’assurance adaptée, les armateurs renoncent au passage, ce qui renforce l’effet de coupure des exportations.
Quels effets sur l’économie et les prix ?
La hausse des cours se traduit déjà dans les stations‑service : le prix moyen de l’essence aux États‑Unis s’établit autour de 3,84 dollars le gallon, contre 2,98 fin février. Ce renchérissement pèse comme une taxe sur le pouvoir d’achat et freine la dynamique économique.
Les projections varient. Certaines maisons d’analyse estiment que le Brent pourrait grimper vers 140 dollars si les voies maritimes restent entravées. Le WTI, lui, subira un effet domestique de saturation et sera partiellement plafonné par l’excès de volumes en Amérique du Nord.
Sur le plan macro, la croissance américaine a été révisée à la baisse — le PIB du dernier trimestre 2025 à 0,7 % — et des institutions financières, comme Goldman Sachs, évaluent la probabilité d’une récession autour de 25 % si la situation perdure.
Réponses et perspectives
Face à la tension, deux mécanismes émergent : la libération de réserves stratégiques et des ajustements d’assurance et de logistique. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé des plans de libération d’un volume significatif de réserves, et le ministère américain de l’Énergie a lancé un premier appel d’offres pour alléger la SPR. Ces mesures visent à calmer les marchés à court terme, mais elles n’effacent pas le problème structurel : tant que le transit et l’assurance restent incertains, les déséquilibres régionaux persisteront.
Conséquence immédiate pour le lecteur : hausse possible des prix à la pompe et fragmentation accrue entre le marché nord‑américain et les marchés mondiaux. Surveillez les prochaines publications de l’EIA, les décisions des assureurs et tout nouveau mouvement dans le détroit d’Ormuz — ce sont eux qui détermineront l’ampleur et la durée du désordre logistique.
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Claire Leblanc est analyste économique passionnée par les tendances financières. Elle décode pour vous les enjeux du marché européen avec des analyses claires et accessibles.



