Capturer le carbone en Méditerranée: découvrez comment les terres agricoles piègent les gaz à effet de serre

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Par : Pierre Dupont

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Imaginez que nous puissions capturer les gaz à effet de serre qui réchauffent notre planète. Une méthode pour y parvenir est l’agriculture carbone, un modèle d’affaires écologique prometteur, notamment dans les pays au climat méditerranéen.

L’agriculture carbone consiste à intégrer de la matière organique dans le sol, augmentant ainsi sa capacité de stockage de carbone organique. Parmi les pratiques les plus efficaces, on compte l’agroforesterie, le couvert organique des sols, la réduction du labour, l’utilisation efficace de l’eau et la gestion intégrée de la fertilisation, qui préconise une planification et une application efficaces des nutriments pour les cultures et privilégie l’utilisation d’engrais organiques.

Ces méthodes offrent également plusieurs autres avantages. Elles améliorent les services écosystémiques (les avantages qu’un écosystème offre à la société), contribuent à une économie circulaire et aident à prévenir et contrôler la pollution. Elles protègent et restaurent également la biodiversité.

Cependant, dans la région méditerranéenne, divers obstacles techniques, économiques et sociaux freinent son établissement comme modèle d’affaires durable.

Achat et vente de carbone

Les marchés du carbone ont été créés pour encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces systèmes utilisent des crédits carbone comme unité de mesure financière – un crédit carbone représente une tonne de CO₂ qui a été réduite, évitée ou retirée de l’atmosphère.

Il existe actuellement trois principaux systèmes d’échange de crédits carbone : les marchés régulés, volontaires et hybrides.

Le premier, le Système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE), impose légalement aux entreprises de réduire leurs émissions ou d’acheter des permis si elles dépassent les limites. Il s’applique aux grands émetteurs, tels que les transports et l’aviation, mais pas à l’agriculture.

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Le marché volontaire est utilisé par les entreprises qui ne sont pas légalement obligées de réduire leurs émissions, mais qui choisissent de le faire dans le cadre de leurs stratégies de durabilité, de marketing et de responsabilité sociale. Dans ce marché, des organisations indépendantes certifient les projets qui génèrent ces crédits.

Le système hybride combine les marchés régulés et volontaires pour réduire les émissions. Bien qu’il puisse apporter des avantages, un manque de transparence et de normes crée un terrain propice au greenwashing, lorsque les entreprises prétendent être durables sans véritable engagement.




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En 2021, la Commission européenne a développé un cadre volontaire pour certifier les projets de capture de carbone dans des secteurs tels que l’agriculture. Cela signifiait qu’ils pouvaient être intégrés dans la Politique agricole commune de l’Union européenne, qui comprend des incitations financières pour des pratiques durables.

Toutefois, la complexité agricole et climatique de la Méditerranée rend difficile le suivi et la vérification des niveaux de carbone dans les sols agricoles.

Mesure des sols méditerranéens

La région méditerranéenne est soumise à des événements climatiques extrêmes qui affectent la séquestration du carbone. Cela inclut des sécheresses, des vagues de chaleur et des précipitations intenses. Une grande variabilité climatique rend difficile l’établissement de bases de référence fiables, ce qui signifie que le suivi doit être adaptatif et ciblé avec précision.

De plus, la région possède une variété de types de sols – calcaire, argileux et sableux – chacun ayant des capacités différentes de retenir et de stocker le carbone. Cette diversité rend difficile la surveillance et la quantification précise du carbone stocké, et donc de rémunérer les agriculteurs pour la séquestration de carbone qu’ils génèrent.

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Pour cette raison, plusieurs centres de recherche, comme le Centre Technologique UVic-UCC BETA, travaillent à identifier et développer des technologies et méthodologies sur mesure qui peuvent détecter de petits changements dans le sol afin de mesurer les niveaux de carbone.

Comment pouvons-nous mesurer le carbone dans le sol?

Grâce à des modèles mathématiques développés par des projets à long terme, nous pouvons déterminer la quantité de matière organique présente dans un échantillon de sol représentatif d’une certaine zone. Cela est ensuite utilisé pour estimer le CO₂ contenu dans cette fraction de matière, et donc le carbone qu’elle a capturé.

Il est plus facile d’appliquer de tels modèles sur des terres homogènes, comme la ceinture de maïs aux États-Unis, où l’échantillonnage nécessite moins d’effort. En Europe, la grande variété complique les choses et rend les plans d’échantillonnage plus coûteux, généralement à la charge des producteurs. Dans le cas de la région méditerranéenne, les modèles spécifiquement calibrés pour ses conditions agro-climatiques fournissent des mesures de carbone plus précises.

Outils de mesure

Les techniques de télédétection sont ici l’outil le plus potentiellement utile. Elles utilisent des images satellites multispectrales à haute résolution, composées de multiples bandes du spectre électromagnétique (par exemple, infrarouge ou ultraviolet), où chaque bande fournit des données spécifiques qui peuvent être utilisées pour estimer certaines propriétés du sol, telles que la teneur en matière organique. De cette manière, nous pouvons calculer les absorptions possibles résultant de la gestion agronomique.

Les véhicules aériens sans pilote, tels que les drones, peuvent capturer des informations détaillées sur la végétation, le type de sol et les niveaux d’humidité, tous liés également à la quantité de carbone séquestré. Les images prises à différentes longueurs d’onde permettent d’estimer la biomasse du sol et la matière organique.

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De même, les tours de flux de CO₂ ou les tours d’échange de gaz – des dispositifs de haute technologie qui mesurent les concentrations de gaz dans l’air des milliers de fois par minute – sont très utiles pour mesurer la quantité de CO₂ libérée par le sol dans un champ. Les données obtenues sont ensuite intégrées dans une série d’équations, qui estiment la quantité de gaz entrant et sortant de l’écosystème.

L’agriculture carbone en Méditerranée présente un grand potentiel, mais fait face à des défis liés à la diversité agro-climatique et au manque de méthodes standardisées. Des mécanismes tels que la PAC et les marchés volontaires peuvent favoriser la neutralité climatique, mais seulement s’ils sont adaptés aux conditions locales.

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