Trois défis majeurs pour le système monétaire international, selon Pierre-Olivier Gourinchas, directeur des études au FMI.
La globalisation telle que nous la connaissions est révolue, laissant place à l’ère de la « slowbalization », un concept forgé par des économistes qui combine les mots slow (lent) et globalization (globalisation). Marquée par une série de crises telles que les subprimes, le Covid et le conflit en Ukraine, cette nouvelle période se caractérise par une instabilité accrue, des tensions géopolitiques intensives, une croissance économique ralentie et un marché des investissements internationaux restreint.
Cette année, l’application pratique de cette théorie est visible notamment avec les taxes imposées par Trump et les pressions économiques de la Chine sur l’Europe. Avant ces événements, le Fonds Monétaire International avait déjà noté un recul des transactions internationales, qui sont passées de 5,8 à 4,4 % du PIB mondial entre 2017-2019 et 2022-2023. Ce bouleversement contraste avec la philosophie des institutions économiques établies après la Seconde Guerre mondiale, qui visent à promouvoir un environnement stable. « Cette fragmentation géoéconomique pourrait remettre en question les fondements du système monétaire international », affirme l’économiste Pierre-Olivier Gourinchas.
Intervenant au congrès annuel de l’European Economic Association à Bordeaux, le directeur des études du FMI a identifié les trois défis principaux auxquels l’institution et l’économie globale doivent faire face.
Premièrement, l’augmentation massive de la dette publique. Aux États-Unis, elle atteint 122 % du PIB et pourrait grimper à 160 % d’ici 2055 selon les projections des économistes du FMI. En France, le ministre de l’Économie, Eric Lombard, a récemment annoncé que les coûts d’emprunt pourraient bientôt surpasser ceux de l’Italie. « Nul ne s’attend à ce que cette situation perdure. Une révision de la politique actuelle est nécessaire », a-t-il déclaré.
Fragmentation géoéconomique
Deuxièmement, le maintien de taux d’intérêt élevés qui, bien qu’efficaces pour contenir l’inflation, nuisent aux échanges internationaux. Par exemple, la Banque Centrale Européenne a décidé de ralentir la baisse de son taux directeur en juin après des réductions successives, une politique qui complique la tâche des États-Unis qui cherchent des financements étrangers pour leur dette.
Troisièmement, le plus perturbateur pour les fondements du système : les tensions géopolitiques. Les sanctions, les droits de douane et les restrictions se sont multipliés ces dernières années, notamment avec le conflit en Ukraine, les restrictions chinoises sur l’exportation de terres rares et les possibles instabilités futures au Moyen-Orient. « De plus en plus de pays ont adopté des mesures restrictives depuis l’invasion de l’Ukraine. Les nations sont forcées de réduire leurs échanges mutuels et leur intégration financière s’affaiblit. La fragmentation géoéconomique devient de plus en plus évidente », explique Pierre-Olivier Gourinchas. Ce problème crucial sera discuté lors de l’assemblée annuelle du FMI et de la Banque Mondiale les 16 et 17 octobre.
Maxime Giraudeau
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Claire Leblanc est analyste économique passionnée par les tendances financières. Elle décode pour vous les enjeux du marché européen avec des analyses claires et accessibles.



