Mouvement de la décroissance: vers une justice climatique mondiale, adaptation aux réalités du Sud nécessaire

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Par : Pierre Dupont

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Il est généralement reconnu que les activités humaines sont les principaux moteurs du réchauffement climatique et des crises environnementales, y compris la perte rapide de la biodiversité. Toutefois, la question de la meilleure façon de résoudre ces problèmes est loin d’être résolue. Dans les cercles politiques, le concept de « croissance verte », qui vise à rendre les activités économiques plus durables, s’est imposé comme la solution la plus populaire.

La croissance verte est-elle suffisante ?

Le principe de la croissance verte est de poursuivre l’expansion économique tout en minimisant les dommages environnementaux. Cependant, des critiques soutiennent que cette approche n’a pas permis de freiner de manière significative le changement climatique et la perte de biodiversité.

Malgré les efforts internationaux depuis les années 1970, les émissions de carbone ont continué à augmenter. Comme le révèle le Rapport sur l’inégalité mondiale, près de la moitié des émissions historiques ont eu lieu après 1990. Les changements politiques progressifs, les innovations technologiques et les évolutions dans les comportements des consommateurs n’ont pas suffi à inverser cette tendance. Cet échec a conduit à la popularité croissante du « décroissance », une alternative plus radicale qui remet en question le système économique mondial actuel.

Qu’est-ce que la ‘décroissance’ ?

La « décroissance » a émergé en Europe, notamment en France, à la fin des années 2000. Des philosophes comme André Gorz et des économistes tels que Serge Latouche ont été parmi ses premiers partisans, avec des chercheurs comme Tim Jackson qui ont ensuite popularisé le concept dans le monde anglophone. Ils soutiennent que la cause profonde de la destruction environnementale réside non seulement dans l’activité humaine, mais aussi dans un modèle économique mondial qui privilégie la croissance et le profit depuis la Révolution industrielle.

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Initialement, la décroissance était une critique des modes de vie occidentaux et des notions de progrès. Les préoccupations environnementales n’étaient qu’une partie de l’agenda plus large du mouvement. Avec le temps, cependant, l’écologisme est devenu central dans les objectifs du mouvement.

Et le sud global ?

Aujourd’hui, de nombreux partisans de la décroissance affirment que les pays riches du nord global, étant en grande partie responsables de la dégradation environnementale, devraient être ceux qui réduisent leur activité économique pour éviter une catastrophe écologique. Mais qu’en est-il des pays plus pauvres du sud global ? Devraient-ils adopter des stratégies de décroissance ? Certains soutiennent que cela imposerait un agenda néocolonial, les pays riches dictant une fois de plus les conditions du développement mondial. D’autres notent que de nombreux pays pauvres ont besoin de croissance économique pour lutter contre la pauvreté. Et même si la décroissance était limitée au nord, elle pourrait encore avoir des effets significatifs sur le sud, à la fois positifs et négatifs.

La décroissance comme décolonisation

Les partisans de la décroissance soutiennent que réduire l’activité économique dans le nord pourrait aider à démanteler la division mondiale du travail inégale, où les matières premières sont extraites du sud et transformées en biens de consommation dans le nord. Ce système profite de manière disproportionnée aux nations les plus riches tout en laissant les pays pauvres supporter les coûts sociaux et environnementaux.

Les défis de la décroissance dans le sud global

Cependant, de nombreux universitaires pensent que la décroissance est peu attrayante pour le sud global. Les critiques soutiennent que le concept est trop eurocentrique et ne résonne pas face aux défis spécifiques rencontrés par les nations plus pauvres.

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Le problème des dépendances mondiales

Enfin, les dépendances mondiales compliquent davantage le débat sur la décroissance. De nombreuses personnes dans le sud dépendent des économies axées sur l’exportation qui servent les marchés occidentaux. Une réduction de l’activité économique dans le nord pourrait nuire aux populations du sud qui dépendent de ces exportations.

Ce dilemme présente un défi pour le mouvement de décroissance. Les partisans soutiennent que la décroissance ne consiste pas à abandonner l’activité économique, mais à réformer les systèmes mondiaux de commerce, de finance et de gouvernance pour prévenir les impacts négatifs sur le sud. Pour que la décroissance réussisse, ses défenseurs doivent formuler des propositions concrètes qui abordent ces dépendances mondiales sans exacerber les inégalités ou nuire aux plus vulnérables.

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