Révélations Choc: Les Juges et Policiers Dévoilent la Politique de Déportation en Europe

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Par : Pierre Dupont

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La Commission européenne avance avec son nouveau Système commun européen pour les retours. Ce cadre juridique rendrait les retours des immigrants plus rapides mais également plus punitifs, avec des détentions prolongées, des conditions plus strictes et la création de « centres de retour » dans des pays tiers.

Cependant, ces mesures proposées reflètent-elles vraiment les opinions de ceux qui les mettent en œuvre – les officiers de police, les juges, les procureurs et les travailleurs sociaux ? Nos recherches indiquent que le nouveau système est non seulement inefficace pour atteindre ses objectifs, mais il aggrave également la situation des personnes concernées et viole leurs droits humains.

La rhétorique de l’efficacité de la Commission

Le principal argument de la Commission européenne, tel que déclaré par sa présidente Ursula von der Leyen, est que le système actuel est inefficace, avec seulement 20% des ordres de déportation effectivement exécutés.

Toutefois, la conception de l’efficacité par la Commission se limite à une simple question de nombre de déportations réalisées. Cela signifie qu’elle privilégie l’exécution au détriment de la protection et favorise les retours forcés, ignorant à la fois les droits humains et les solutions alternatives plus viables.

Partant de cette définition limitée de l’« efficacité », la réponse de l’UE à l’« inefficacité » consiste à renforcer le système par des règles restrictives et punitives. Celles-ci incluent :

  • Augmenter le nombre de retours forcés avec un système européen commun

  • Étendre l’utilisation de la détention

  • Établir des zones de déportation dans des pays tiers.

Cependant, un élément crucial fait défaut. Avant de proposer une législation avec un tel potentiel d’impact social, économique et politique, la Commission européenne n’a pas présenté de preuves concrètes basées sur la recherche. Elle n’a pas justifié l’urgence avec laquelle elle souhaite adopter la législation, ni quantifié l’efficacité de ses propositions punitives et restrictives pour atteindre leurs objectifs.

Récits du terrain

Nos recherches interviennent à un moment clé car elles se concentrent sur un aspect souvent absent des débats politiques : les perspectives et expériences de ceux qui mettent réellement en œuvre ces politiques – les officiers de police, les juges, les procureurs et les travailleurs sociaux.

Bien que l’étude ait été menée dans sept pays de l’UE (Allemagne, Belgique, Slovénie, Espagne, Grèce, Italie et Suède) et au Royaume-Uni, les résultats que nous présentons se concentrent sur l’Espagne. Ils révèlent pourquoi les déportations et les détentions sont inefficaces, même pour ceux qui les exécutent.

En Espagne, le pourcentage d’ordres d’expulsion complétés est similaire à la moyenne européenne. Néanmoins, alors que l’extrême droite anti-immigrés gagne du terrain et que les partis de droite traditionnels suivent leur exemple, certains partis appellent à des contrôles d’immigration plus restrictifs qui limitent la régularisation et priorisent la déportation des migrants.

Mais la réalité sur le terrain est très différente. Notre étude révèle une profonde frustration de la part de ceux qui appliquent réellement la politique migratoire. Ils sont ignorés par les politiciens qui, ni dans les débats ni dans les politiques, ne tiennent compte des expériences et des points de vue des personnes travaillant avec des migrants confrontés à des irrégularités administratives :

« Je pense que tout cela pourrait être résolu en demandant aux personnes qui font réellement le travail, mais elles ne sont jamais consultées. On ne leur demande jamais : « Est-ce faisable ? Peut-on le faire ? » » (Police : ES-FG1-P4).

Parmi tous les agents frontaliers, notre analyse a révélé un mécontentement universel face à la détention et à la déportation étant la réponse principale à la migration irrégulière, bien que les raisons varient entre les groupes. En effet, les entrevues montrent que beaucoup d’entre eux ne voient pas la déportation comme un outil de contrôle de la migration, mais comme une punition :

« Notre travail n’est pas de déporter des étrangers. Notre focus est sur les criminels étrangers. Des criminels. Nous n’avons aucun problème avec les étrangers » (Police : ES-FG1-P1).

Cette vision suggère que la déportation soit utilisée principalement dans des cas pénaux, et non comme réponse générale à l’irrégularité administrative. Même dans des cas exceptionnels, la déportation est considérée comme excessive car il existe déjà un système pénal bien équipé pour gérer la criminalité. Cela soulève la question de savoir si la détention et la déportation sont jamais proportionnelles ou nécessaires.

Enfin, les agents soulignent qu’un plus grand investissement dans les mesures de détention et de déportation ne résoudra pas les problèmes structurels. Ils considèrent la bureaucratie comme excessive, et mettent en lumière les contradictions entre la déportation et les droits des migrants, qui sont censés être garantis à la fois par l’État et les accords internationaux :

« La manière dont fonctionnent les expulsions, c’est comme si je devais faire un travail, mais les mains liées. » (Police : ES-FG1-P5).

La régularisation est la clé

Alors, quelle est l’alternative à la déportation ? Une réponse, absente de la proposition de la Commission, serait de réduire les ordres de déportation et de créer des canaux légaux pour les personnes confrontées à des irrégularités administratives.

Contrairement à la rhétorique politique dominante, les agents frontaliers eux-mêmes voient la régularisation comme le moyen le plus efficace de faire face à l’irrégularité. Certains officiers de la police nationale espagnole reconnaissent même que l’irrégularité est davantage une question de politique que de police :

« Le problème que nous avons ici ne peut pas être résolu. Nous devons les régulariser, c’est la clé » (Policía : ES-FG1-1).

En pratique, les agents préfèrent ne pas ordonner de déportation en réponse à l’irrégularité. Notre travail de terrain avec les migrants à risque confirme cette dynamique : bien qu’ils craignent la confrontation avec les autorités, la peur d’être déportés est souvent surpassée par d’autres incertitudes, telles que l’accès instable au logement et à l’emploi.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes sous ordres de déportation passent des années de leur vie dans un limbe juridique, avec un accès limité aux droits et aux services. Nos recherches pointent vers des alternatives telles que les permis de travail et de résidence, qui accordent des droits aux personnes ayant des liens sociaux, économiques ou familiaux avérés avec le pays. En Espagne, cela est connu sous le nom de « regularización por arraigo », littéralement « régularisation par enracinement ».

Loin d’être « un facteur d’attraction », comme le disent à répétition les partis conservateurs, ces mesures profitent autant à la société en général qu’aux migrants – elles réduisent la participation à l’économie informelle et renforcent la cohésion sociale.

Les preuves sont claires : déporter, que ce soit vers des pays d’origine ou des pays tiers, est coûteux, inefficace et souvent incompatible avec la protection des droits humains. L’échec d’accords tels que EU-Turquie et Italie-Libye, ainsi que des pactes plus récents tels que Italie-Albanie et Royaume-Uni-Rwanda, l’ont prouvé maintes et maintes fois.

Un juge que nous avons interviewé a résumé la situation succinctement :

« D’un point de vue judiciaire, et une approche ancrée dans les droits humains, […] la déportation ne peut être matériellement justifiée que dans les cas où des crimes graves ou très graves ont été commis. L’irrégularité ne devrait pas être gérée par des voies judiciaires. Elle devrait être traitée par des politiques de régularisation et une politique migratoire adéquate, et non en criminalisant la migration » (Juge : ES-IA-7).


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