Giorgia Meloni réduit l’efficacité des lois anti-mafia en Italie: quatre exemples alarmants!

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Par : Pierre Dupont

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L’autrice Alison Jamieson a autrefois qualifié la lutte contre la criminalité organisée en Italie de « balançoire mafia-antimafia ». Cette lutte a connu de nombreux hauts et bas au fil des ans. Actuellement, il semble que la balance penche en faveur de la mafia.

Il est possible de prétendre que Benito Mussolini avait presque réussi à éliminer les groupes mafieux pendant sa dictature. Quand le régime en place est lui-même l’intimidateur, il reste peu d’espace pour que les criminels puissent opérer.

Toutefois, l’agenda de droite du gouvernement actuel influence négativement la lutte contre la mafia. Des lois qui avaient fait leurs preuves pour combattre les groupes mafieux et la corruption sont modifiées au nom de « l’efficacité » et de la « vie privée ».

Les procureurs, la police et les associations de la société civile sont épuisés par une administration qui semble ne pas vouloir discuter des activités et de l’infiltration mafieuses. Pendant ce temps, les réformes des médias et de la vie publique entraînent des effets secondaires dangereux.

1. Rendre difficile le reportage sur la mafia

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement du Premier ministre Giorgia Meloni a introduit des réformes médiatiques restrictives. Que ce soit intentionnel ou non, celles-ci compliquent la couverture médiatique sur la mafia.

Auparavant, les journalistes avaient le droit de rapporter toutes les preuves d’une enquête sur la mafia, mais un changement de loi limitera bientôt cela aux seuls enregistrements téléphoniques sélectionnés utilisés par les juges d’instruction dans leurs mandats d’arrêt préliminaires – et non aux preuves de toute l’enquête.

De plus, ils ne pourront plus citer directement tous les enregistrements téléphoniques tant que l’enquête n’est pas terminée. Cela limite leur capacité à rapporter sur les activités complexes et les réseaux de la mafia.

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2. Suppression du délit d’abus de fonction

Le gouvernement italien a également supprimé le délit d’« abuso d’ufficio » (abus de fonction), ce qui a également des implications pour la prévention de la criminalité organisée. On a soutenu que cette suppression était nécessaire car la loi limitait les pouvoirs décisionnels des administrateurs locaux, qui craignaient particulièrement d’être accusés de comportement inapproprié dans les processus d’appels d’offres publics.

Cependant, supprimer cette loi a facilité pour les fonctionnaires publics la participation à des pratiques irrégulières telles que le clientélisme, le népotisme et la corruption – éléments clés de toute infrastructure de crime organisé. Cette réforme a potentiellement ouvert la porte à davantage de criminalité en col blanc au niveau local.

3. Limiter l’utilisation des écoutes téléphoniques

L’utilisation des écoutes pour infiltrer les communications est controversée dans certains pays, mais en Italie, elle a été un outil vital contre la mafia. Recueillir des preuves en écoutant des conversations privées et des espaces a été l’une des tactiques les plus importantes et efficaces pour comprendre les stratégies, les dynamiques et les activités de la mafia au fil des décennies.

Mais une nouvelle loi en cours d’adoption au parlement limitera les autorités à surveiller les appels d’un suspect pour un maximum de 45 jours, sauf circonstances exceptionnelles. Les suspects de mafia et de terrorisme sont exclus de ce changement, mais cela s’appliquera aux crimes adjacents aux affaires de mafia, qui sont souvent cruciaux pour s’attaquer à la criminalité organisée.

La réduction de l’utilisation de cet outil signifie ne pas enquêter sur les cercles plus larges d’acteurs et de facilitateurs de la mafia, tels que les avocats, les comptables et les associés commerciaux. Se concentrer sur cette zone grise est souvent le meilleur moyen d’atteindre le cœur du problème. En diminuant l’efficacité de cet outil, il sera plus difficile de poursuivre les facilitateurs de la mafia, permettant à celle-ci de renforcer son pouvoir social et économique.

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4. Réduire le soutien aux témoins de l’État

Les témoins de l’État – criminels qui révèlent leurs crimes et collaborent avec l’État en échange d’une nouvelle vie et d’une nouvelle identité – ont apporté une contribution immense à la lutte contre la mafia. Des voix internes, comme celle du gangster sicilien de haut rang Tommaso Buscetta, ont changé le jeu de l’antimafia.

En 1984, Buscetta a fourni des preuves concrètes à ce que les procureurs croyaient se passer en Sicile, conduisant à des avancées majeures. À l’époque, l’État italien ne pouvait pas le protéger, donc les autorités américaines sont intervenues pour protéger Buscetta après qu’il eut trahi ses anciens associés.

En 1991, le juge antimafia légendaire Giovanni Falcone a établi un programme complet de protection des témoins de l’État en Italie – un régime strict de protection, et un contrat entre l’État et les anciens criminels. En 2001, cela a été affaibli par tous les partis politiques, rendant moins attrayant le fait de devenir témoin de l’État. En 2024, il est à nouveau affaibli.

Les témoins de l’État ne reçoivent plus automatiquement une somme forfaitaire pour commencer une nouvelle vie après avoir collaboré avec l’État. L’agence étatique qui gère cet accord a décidé de retenir la somme forfaitaire car, argumente-t-elle, ces témoins doivent à l’État pour des services incluant les coûts judiciaires et carcéraux, les amendes et autres pénalités.

Ce « package de départ » a longtemps été un incitatif important pour quiconque envisage de risquer sa vie pour se retourner contre la mafia. Il est souvent utilisé pour acheter une maison ou démarrer une entreprise.

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Luigi Li Gotti, un célèbre avocat pénaliste, et Gian Carlo Caselli, ancien procureur en chef de Palerme, ont tous deux été vocaux pour dénoncer cette situation.

Une lutte antimafia qui boite

L’Italie a été un leader mondial dans la lutte contre la criminalité organisée depuis qu’elle a commencé à prendre ce problème au sérieux dans les années 1990. Mais les changements récents minent lentement ce statut.

Les mafias italiennes sont par définition des organisations complexes et insidieuses. Des lois sont nécessaires pour s’attaquer à leurs multiples activités et complices, surtout à mesure qu’elles s’étendent à l’étranger. Les mécanismes légaux mis en place dans les années 1990 sont là pour une raison, et ne devraient pas être modifiés sans une considération minutieuse. Nous pourrions tous en payer le prix autrement.

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