À travers l’Europe, les partis d’extrême droite réalisent des percées inattendues, des conseils locaux aux parlements nationaux et supranationaux. En devenant une présence normalisée, ces groupes mettent en avant des discours nationalistes, remettent en question les institutions démocratiques et cherchent à remodeler un présent politique issu de luttes acharnées contre l’autoritarisme.
Pourtant, toutes les communautés ne sont pas également susceptibles d’être influencées par ces mouvements grandissants. Certaines résistent activement, se mobilisant pour bloquer les idéologies autoritaires et défendre les valeurs démocratiques.
Notre recherche récente en Italie fournit une explication à la raison pour laquelle certaines communautés résistent mieux à la politique d’extrême droite. L’histoire locale de la résistance pendant la guerre continue de façonner les cultures politiques de manière à inspirer, même des générations plus tard, une opposition au retour des idéologies fascistes et néo-fascistes.
Dans les régions où les mouvements de résistance antifasciste étaient actifs durant la Seconde Guerre mondiale, l’engagement civique pour défendre les valeurs démocratiques est plus fort. Dans ces communautés, le soutien aux partis d’extrême droite est plus faible.
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Ces héritages ne sont pas accidentels. Ils sont cultivés, renforcés et transmis par un travail de mémoire local intensif et continu.
Pendant la guerre civile italienne (1943-1945), étudiants, ouvriers, agriculteurs et clergé se sont mobilisés en groupes de résistance pour lutter contre le régime nazi-fasciste. Leurs efforts ont été cruciaux pour la libération de l’Italie et la mise en place de sa république démocratique. Bien que cette histoire soit souvent racontée au niveau national, notre recherche examine ses conséquences locales durables.
En utilisant un ensemble de données original qui cartographie l’activité de résistance dans environ 8 000 municipalités italiennes, nous avons comparé les lieux avec une forte mobilisation partisane à ceux sans. Même aujourd’hui, huit décennies plus tard, les résidents des zones ayant un passé de résistance sont plus susceptibles de soutenir des initiatives qui contrarient les idéologies d’extrême droite.
Cela était particulièrement évident en réponse à une initiative récente. En 2020 et 2021, une campagne de base a proposé une loi pour interdire la glorification publique du fascisme. Pour être discutée au parlement, la campagne nécessitait 50 000 signatures.
Malgré la pandémie, elle en a recueilli plus de 240 000 en quelques mois. Bien que le soutien ait été généralisé, les municipalités avec une histoire forte de résistance étaient nettement plus susceptibles de participer. Nos estimations montrent environ 40% de signatures de plus dans ces endroits.
Nous avons étudié de près les villes avec des racines profondes de résistance et un fort soutien à l’initiative de 2021 pour voir comment elles maintiennent ces héritages vivants et qui est impliqué.
Nous avons suivi (et participé à) des efforts de commémoration dans la région de Cuneo, l’un des principaux centres de résistance pendant la guerre, et dans des zones profondément affectées par la violence nazie et connues pour avoir créé certaines des brigades partisanes les plus fortes. Cela inclut des villages autour de Stazzema en Toscane et Marzabotto en Émilie.
L’essentiel est que le souvenir n’est pas seulement cérémonial – il fait partie de la vie quotidienne. Les écoles, les clubs de randonnée, les associations culturelles et les mairies contribuent tous à préserver et à activer la mémoire de la résistance.
Par exemple, une école élémentaire publique dans les collines rurales autour de Bologne a créé un « jardin de la mémoire » pour honorer les résidents locaux qui sont morts en luttant contre le fascisme. À travers des entrevues, de l’art et des récits, les élèves ont interagi directement avec le passé de leur communauté, créant non seulement un espace commémoratif mais aussi un pont vivant entre les générations.
De même, des clubs alpins locaux en Émilie-Romagne et au Piémont ont restauré des sentiers partisans dans les montagnes, désormais utilisés pour des randonnées mémorielles. Ces randonnées attirent des personnes qui pourraient autrement ne pas s’engager politiquement mais qui, en parcourant les chemins des partisans de la guerre, se connectent avec des histoires de sacrifice et de solidarité. Ce qui commence comme un loisir devient une rencontre avec des valeurs démocratiques.
Ces efforts de mémoire profondément localisés – ancrés dans les noms, les histoires et les espaces de la communauté – s’intensifient souvent face aux menaces démocratiques. La campagne de 2021 a émergé alors que le soutien pour des partis comme la Lega et Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) augmentait.
La mémoire comme un combat politique
Ce n’est pas uniquement un phénomène italien. À travers l’Europe, la mémoire historique est un champ de bataille politique. En Allemagne, les Stolpersteine – des plaques en laiton dans les trottoirs commémorant les victimes nazies – servent de rappels populaires qui façonnent les attitudes civiques. En Hongrie, les activistes ont créé des « mémoriaux vivants » pour les victimes de l’Holocauste, contestant directement les efforts du gouvernement pour blanchir la collaboration fasciste.
Ces commémorations ont également des effets politiques mesurables. À Berlin, les quartiers où un ou plusieurs Stolpersteine étaient placés avant une élection ont vu moins de votes pour l’extrême droite AfD (une diminution de 0,96% des points) comparés à ceux sans Stolpersteine. Cela s’est produit lors des élections fédérales, d’État et de l’UE entre 2013 et 2021.
Ce qui unit ces efforts est la conviction que se souvenir du passé est important – non seulement pour l’honorer, mais aussi pour façonner l’avenir. Les récits locaux de résistance et de victimisation en temps de guerre aident à inculquer des valeurs démocratiques et à immuniser les communautés contre l’autoritarisme.
Mais cela ne se produit pas automatiquement. Cela nécessite un effort. Enseignants, étudiants, parents, associations et conseils locaux jouent tous un rôle dans la préservation de la mémoire et sa signification politique.
Reconnaître cela est particulièrement vital aujourd’hui, lorsque la signification de l’antifascisme est un sujet polarisant. Les dirigeants d’extrême droite, y compris ceux en fonction, minimisent et discréditent l’héritage de la résistance, le remplaçant par des mythes révisionnistes.
Lorsque les communautés prennent possession de leur histoire, elles sont plus susceptibles de défendre les principes démocratiques non seulement lors de cérémonies, mais également dans les urnes et dans les actions quotidiennes. Le passé n’est jamais juste le passé. Les héritages de la résistance en temps de guerre continuent de façonner la manière dont les gens voient la démocratie, la justice et l’appartenance. En des temps comme ceux-ci, se souvenir de la résistance est plus qu’un hommage – c’est une défense civique.
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Pierre Dupont est journaliste spécialisé dans l’actualité européenne. Il vous guide au cœur des événements en France et sur le continent avec rigueur et clarté.



