Découvrez le secret des pâtes parfaites : Des accélérateurs de particules aux réacteurs!

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Par : Pierre Dupont

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Que vous aimiez vos spaghettis al dente ou bien tendres, atteindre la perfection culinaire à la maison peut s’avérer compliqué. Nombre d’entre nous ont déjà dû faire face à des pâtes se transformant en bouillie beige – ce problème étant particulièrement fréquent avec les pâtes sans gluten.

Quelle quantité d’eau et de sel faut-il vraiment utiliser, et combien de temps les pâtes doivent-elles cuire pour obtenir des résultats optimaux ? De plus, comment ajuster votre méthode de cuisson lorsque vous utilisez des pâtes sans gluten ? Une étude récente que mes collègues et moi avons menée, publiée dans Food Hydrocolloids, a apporté des réponses en révélant la physique de la cuisson des pâtes.

Nous avons utilisé la source de lumière Diamond, le synchrotron national du Royaume-Uni (un accélérateur de particules circulaire), pour examiner la diffusion des rayons X sur les pâtes (à faibles angles) afin de découvrir leur structure interne. Nous nous sommes ensuite rendus à Isis et à l’Institut Laue-Langevin, des installations de neutrons situées au Royaume-Uni et en France, où nous avons utilisé des neutrons (qui composent le noyau atomique avec les protons) pour éclairer la microstructure des spaghettis ordinaires et sans gluten sous différentes conditions de cuisson.

L’étude démontre comment la structure cachée des pâtes évolue pendant la cuisson, et pourquoi les versions sans gluten se comportent différemment.

Cette configuration nous a permis d’explorer la structure des amidons et du gluten dans les spaghettis à des échelles allant de dizaines de fois le rayon d’un atome à des milliers de fois. Ainsi, nous avons pu comparer la transformation qui se produit dans les pâtes ordinaires et sans gluten lorsqu’elles sont cuites dans différentes conditions, par exemple trop longtemps ou sans sel.

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Nos expériences nous ont permis de « voir » différents composants des pâtes séparément. En mélangeant de l’eau normale et de l’eau « lourde » (qui contient un isotope appelé deutérium), nous avons pu rendre soit le gluten, soit l’amidon invisibles au faisceau de neutrons. De cette façon, nous avons pu isoler chaque structure à son tour et comprendre les effets des amidons et du gluten pendant la cuisson.

Le rôle du gluten et du sel

Notre étude révèle que, dans les pâtes ordinaires, le gluten agit comme un échafaudage solide qui maintient les granules d’amidon en place même pendant l’ébullition, conférant aux pâtes leur fermeté et un taux de digestion lent. Dans les pâtes sans gluten, les granules d’amidon gonflent et s’effondrent plus facilement – ce qui explique la texture boueuse et la décomposition rapide observées lorsque ces pâtes sont cuites dans des conditions non optimales.

Nous avons également étudié l’effet du sel dans l’eau de cuisson sur la structure des pâtes. Nous avons découvert que le sel ne se contente pas d’améliorer le goût des pâtes ; il affecte également fortement la microstructure des spaghettis. Lorsque les pâtes ordinaires sont bouillies dans de l’eau salée, le gluten maintient sa structure et les granules d’amidon sont moins détériorés par la cuisson.

Alors, quelle quantité de sel faut-il ajouter pour préserver la structure microscopique des pâtes ? Notre étude a révélé que le niveau de sel optimal est de sept grammes par litre d’eau, avec une quantité d’eau plus importante nécessaire pour de plus grandes quantités de pâtes. Les pâtes doivent être cuites pendant dix ou onze minutes dans le cas des pâtes ordinaires et des alternatives sans gluten, respectivement. En revanche, lorsque la concentration en sel était doublée, l’ordre interne se dégradait plus rapidement et la structure au sein des granules d’amidon était significativement altérée par le processus de cuisson.

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Dans les pâtes sans gluten, l’histoire était encore différente en raison de l’absence de protection du gluten. Même de petites quantités de sel ne pouvaient pas compenser l’absence de gluten. Les composés artificiels d’amidons transformés, utilisés par les entreprises pour remplacer le gluten, se dégradaient rapidement. L’exemple le plus extrême de cette dégradation se produisait lorsque les spaghettis sans gluten étaient cuits trop longtemps, par exemple pendant 13 minutes au lieu de 11, et dans de l’eau très salée.

La principale conclusion était donc que les pâtes sans gluten sont structurellement plus fragiles et moins tolérantes à une cuisson trop longue ou avec une quantité incorrecte de sel.

Amélioration des alternatives sans gluten

Comprendre la structure des pâtes à ces échelles très petites, invisibles même au microscope, aidera à concevoir de meilleurs aliments sans gluten. L’espoir est notamment d’obtenir des alternatives sans gluten qui résistent mieux aux mauvaises conditions de cuisson et dont la texture se rapproche davantage de celle des spaghettis ordinaires.

Les pâtes de blé ordinaires ont un indice glycémique bas car le gluten ralentit la décomposition des granules d’amidon pendant la digestion. Les pâtes sans gluten, fabriquées à partir de farine de riz et de maïs, manquent souvent de cette structure, ce qui signifie que les sucres peuvent être libérés plus rapidement. Grâce à la diffusion des neutrons, les scientifiques alimentaires peuvent désormais identifier quels ingrédients et quelles conditions de cuisson recréent au mieux la structure du gluten.

Cela illustre également comment des outils expérimentaux de pointe, principalement utilisés pour la recherche fondamentale, transforment la recherche alimentaire. La diffusion des neutrons a joué un rôle fondamental dans l’avancement de notre compréhension des matériaux magnétiques, des batteries, des polymères et des protéines. Elle aide maintenant également à expliquer comment les aliments courants se comportent au niveau microscopique.

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