Un patrimoine culturel en péril
Située dans le sud de la Méditerranée, au large de la côte sud-est de la Tunisie, l’île de Djerba est un carrefour de civilisations telles que les Phéniciens, les Romains, les Byzantins et les Arabes. Elle abrite de nombreux sites architecturaux distinctifs, tels que la mosquée souterraine de Sedouikech, l’Église Saint-Joseph et la Synagogue El Ghriba.
Cependant, depuis de nombreuses années, le patrimoine culturel de Djerba est menacé. Ce déclin est causé par une combinaison de surtourisme, de changements environnementaux et de négligence humaine.
Durant les années 1990 et au début des années 2000, à l’apogée de sa popularité, Djerba attirait entre un million et un million et demi de visiteurs chaque année. C’est l’une des zones touristiques les plus prisées de la Tunisie, possédant plus d’hôtels que n’importe quelle autre destination dans le pays.
Le tourisme a entraîné un trafic touristique excessif sur l’île, surtout pendant l’été, et a contribué à d’autres problèmes tels que le stress hydrique et la production de déchets. Selon des statistiques de 2020, les hôtels à eux seuls génèrent entre 35% et 40% de tous les déchets de l’île.
Le développement touristique a surtout transformé le paysage culturel de Djerba. Dans certaines régions de l’île, les habitations traditionnelles – houmas, menzels et houchs – ont été remplacées par des infrastructures touristiques modernes.
Cette transformation s’est accélérée depuis la révolution tunisienne de 2011, qui a vu la chute du dictateur de longue date Zine El Abidine Ben Ali. Un manque de supervision institutionnelle a conduit à des actes de vandalisme, à des constructions illégales sur des sites archéologiques et à des démolitions non autorisées.
Le développement du tourisme a également érodé les modes de vie traditionnels de l’île. Avec le développement de routes, de ferries, d’un aéroport et d’internet, les activités traditionnelles ont décliné et sont souvent aujourd’hui reléguées aux zones touristiques. Les moyens de subsistance tels que l’agriculture, la pêche et l’artisanat ont diminué.
Le changement climatique a aggravé les problèmes de Djerba. Les modèles climatiques indiquent que les taux de précipitations annuelles pourraient diminuer de 20% d’ici la fin du siècle, avec des sécheresses plus fréquentes et prolongées.
Parallèlement, l’élévation du niveau de la mer et les tempêtes plus fréquentes affectent l’île. Des recherches de 2022 ont révélé que 14% des plages de Djerba sont désormais très vulnérables à la submersion et à l’érosion côtière.
Plusieurs monuments historiques à Djerba ont déjà subi des inondations périodiques et des intrusions d’eau salée. Les ruines de Sidi Garous et le sanctuaire de Sidi Bakour sont maintenant entièrement sous l’eau et ont été remplacés par des mémoriaux.
D’autres sites archéologiques situés près de la côte, comme Haribus, Meninx, Ghizene et Edzira, datant pour certains de l’époque romaine, sont maintenant partiellement ou totalement submergés. Des études de l’Institut National du Patrimoine de Tunisie suggèrent que beaucoup de ces sites ont été définitivement perdus à cause de la mer montante.
Site du patrimoine mondial
Une grande partie du patrimoine culturel de Djerba a déjà été effacée par l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière. Les pertes futures pourraient être encore plus graves. Le patrimoine culturel de l’île ne cessera de se précariser sans efforts significatifs de préservation et d’adaptation climatique.
Cependant, de nombreux monuments, édifices historiques et habitations traditionnelles de Djerba ont souffert de plusieurs années de négligence. Un manque chronique de financement local et international, ainsi qu’une faible structure institutionnelle pour la gestion du patrimoine, ont conduit à l’abandon de certaines structures historiques de l’île. De nombreux autres bâtiments se sont détériorés faute de mesures de protection et de maintenance.
Des organisations communautaires telles que l’Association pour la Sauvegarde de l’Île de Djerba ont tenté de pallier ces lacunes institutionnelles. Leurs actions vont de la sensibilisation du public local, notamment des jeunes, à des initiatives telles que la réutilisation d’anciens réservoirs d’eau de pluie pour gérer les périodes de sécheresse.
Mais ces efforts communautaires seuls ne suffisent pas à empêcher la détérioration rapide du patrimoine culturel de Djerba.
En septembre 2023, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a annoncé l’ajout de Djerba à sa liste des sites du patrimoine mondial. Le ministère de la Culture tunisien a accueilli favorablement cette décision, fruit de plusieurs années d’efforts de groupes locaux et de responsables gouvernementaux.
L’inclusion de Djerba offre un espoir pour la préservation à long terme du patrimoine de l’île. La désignation en tant que site du patrimoine mondial augmente la reconnaissance mondiale et facilite l’accès à des sources de financement.
Depuis la classification de Djerba, des progrès ont été réalisés. Le ministère de la Culture a mis en place une équipe spéciale pour surveiller la construction de bâtiments et d’autres infrastructures, collecter des données sur les zones protégées désignées et préparer des projets de préservation des sites patrimoniaux.
Cependant, le patrimoine culturel de Djerba reste en danger. La préservation améliorée de ces sites nécessitera un financement continu et une réglementation stricte des activités touristiques et de construction.
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Pierre Dupont est journaliste spécialisé dans l’actualité européenne. Il vous guide au cœur des événements en France et sur le continent avec rigueur et clarté.



