Un profond désaccord a ébranlé Stellantis, le quatrième plus grand constructeur automobile mondial. Dans un revirement spectaculaire, le conseil d’administration a convoqué le PDG Carlos Tavares, le poussant finalement à démissionner.
Cette évolution soulève des interrogations : Pourquoi un tel changement alors que Stellantis a enregistré des revenus, des bénéfices nets et des flux de trésorerie disponibles record en 2023 ? Quel rôle les familles Agnelli et Peugeot ont-elles joué dans cette décision historique ?
Notre analyse met en lumière le rôle crucial de la famille Agnelli, fondatrice de Fiat, et de la famille Peugeot dans la gouvernance de Stellantis depuis sa création. Leur influence perdure : aujourd’hui, elles contrôlent respectivement 14,4 % et 7,2 % du capital de l’entreprise.
John Elkann : Le catalyseur de la démission de Carlos Tavares ?
Face aux défis croissants du secteur automobile européen, en particulier sur le marché des véhicules hybrides et électriques, Stellantis a subi une pression financière importante. Cela a été souligné par une chute drastique de 27 % des revenus au troisième trimestre de 2024.
Cette crise a révélé de profondes divisions concernant la direction stratégique et managériale du groupe, notamment entre Carlos Tavares et John Elkann, l’héritier de la famille Agnelli. Elkann a confronté le PDG sur les objectifs de croissance ambitieux et les critères de performance, plaidant plutôt en faveur des intérêts des parties prenantes. Le résultat : le conseil d’administration s’est réuni et a exigé la démission de Tavares.
En attendant, John Elkann a pris la tête du comité exécutif jusqu’à la nomination d’un nouveau PDG en 2025. Il a également engagé Richard Palmer, un fidèle allié de Fiat, en tant que conseiller spécial. Ce remaniement inattendu souligne l’influence durable des familles Agnelli et Peugeot dans la gouvernance de Stellantis, en particulier l’autorité de « John le Conquérant ».
Les familles Agnelli et Peugeot : Fondatrices de Stellantis
Les tensions actuelles remontent au rôle essentiel joué par les familles Agnelli et Peugeot dans la création de Stellantis.
Avant la fusion de 2021, Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a mené des discussions avec le groupe PSA (Peugeot Société Anonyme) et Renault. Les pourparlers entre le PDG de FCA de l’époque, Michael Manley, et Carlos Tavares de PSA ont été interrompus lorsque FCA a proposé une fusion à 50/50 avec Renault, que le conseil de Renault a finalement rejetée.
Par la suite, les familles Agnelli et Peugeot ont repris les négociations. Initialement, Robert Peugeot a proposé d’acquérir FCA, puis a suggéré une fusion 50/50 à John Elkann. Cependant, Elkann, soucieux de ne pas diluer les intérêts de sa famille, a rejeté les deux options. Manley et Tavares sont revenus à la table des négociations, et un accord de fusion a finalement été conclu. Le conseil de surveillance de PSA et le conseil d’administration de FCA ont approuvé l’accord, donnant naissance à Stellantis, un géant de l’automobile mondial.
Cette consolidation a créé un colosse industriel évalué à 45 milliards d’euros, avec un portefeuille de 16 marques automobiles et des positions de marché solides en Europe et aux États-Unis – un avantage dans un marché hautement compétitif.
La famille Agnelli : Principal actionnaire de Stellantis
Depuis le lancement de Stellantis en janvier 2021, la famille Agnelli détient 14,4 % du capital de l’entreprise, ce qui en fait son plus grand actionnaire. Cette position stratégique leur a permis d’exercer une influence considérable. Les autres principaux actionnaires incluent la famille Peugeot (7,2 %), l’État français via Bpifrance (6,2 %), et le constructeur automobile chinois Dongfeng Motor (5,6 %). Une clause spécifique permet à la famille Peugeot de racheter les actions détenues par Dongfeng Motor, qui avait prévu de se désengager, ainsi que certaines des actions de Bpifrance. L’objectif était d’établir une parité entre les participations des familles Agnelli et Peugeot, bien que cet équilibre n’ait jamais été atteint.
Reflet de cette répartition du pouvoir, les principaux actionnaires occupent des sièges au conseil d’administration de Stellantis. John Elkann et son cousin Andrea Agnelli représentent la famille Agnelli, tandis que Robert Peugeot et le PDG de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, siègent également au conseil. Elkann a été nommé président, et Tavares a pris le rôle de PDG. Cette structure de leadership a inauguré une période de prospérité pour Stellantis.
Un avenir dominé par Fiat Chrysler Automobiles ?
Ces dynamiques de pouvoir pourraient façonner la gouvernance du quatrième plus grand constructeur automobile mondial à l’avenir.
Actuellement, John Elkann dirige le comité exécutif intérimaire, avec Richard Palmer, ancien directeur financier de Stellantis, servant de conseiller. Palmer, une figure clé chez Fiat Chrysler Automobiles et plus tard chez Stellantis, a quitté l’entreprise en 2023. Michael Manley, ancien PDG de FCA et responsable de la division Amériques de Stellantis jusqu’à son départ en 2021, est également considéré comme un prétendant au poste de PDG.
Le retour de l’ancienne direction de Fiat Chrysler Automobiles – Elkann, Palmer et Manley – pourrait-il être imminent ?
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Pierre Dupont est journaliste spécialisé dans l’actualité européenne. Il vous guide au cœur des événements en France et sur le continent avec rigueur et clarté.



