ENTRETIEN. Avant la conférence majeure à Matignon, une discussion avec Laurent Bach
BFM TV a récemment eu l’occasion d’interroger Éric Lombard, le ministre de l’Économie, qui a révélé que la France devrait intensifier ses efforts financiers de 40 milliards d’euros d’ici 2026 afin de respecter les objectifs budgétaires du gouvernement. L’objectif est de réduire le déficit à 4,6 % du PIB, ce qui représente un ajustement de 0,8 point.
Le ministre a prévenu que ces efforts consisteront principalement en des réductions de dépenses, impliquant principalement l’État, la Sécurité sociale et les collectivités locales. Par ailleurs, une mesure initialement prévue pour 2025 dans la loi de finances visant à lutter contre la suroptimisation fiscale va être rendue permanente. Cependant, une hausse des impôts pour les classes moyennes et populaires a été écartée par le ministre.
Ces annonces pourraient être confirmées lors d’une importante conférence sur les finances publiques qui se tiendra sous la présidence du Premier ministre François Bayrou. Laurent Bach, économiste et professeur à l’ESSEC, nous donne son analyse pour La Tribune.
La Tribune : Le ministre de l’Économie a annoncé ce dimanche un besoin de 40 milliards d’euros supplémentaires pour 2026 afin de respecter la trajectoire budgétaire de la France. Pouvez-vous nous éclairer sur ce chiffre ?
Laurent Bach : En prenant en compte le PIB actuel de la France, qui s’élève à environ 3 000 milliards d’euros, cet effort représente moins de 1,5 point de PIB. Avec une croissance économique prévue à seulement 0,7 % cette année par le gouvernement, cela nécessitera une réduction effective des dépenses publiques. Rappelons-nous que, entre 2011 et 2016, la consolidation budgétaire avait représenté un effort de 3 points de PIB sur cinq ans. L’effort requis aujourd’hui est donc relativement plus conséquent que celui de la période précédente, sans oublier que l’avenir reste incertain pour les années à venir.
Il est important de noter que cet effort est loin de ce que la Grèce a dû réaliser entre 2010 et 2013, où la consolidation budgétaire avait atteint 17 points de PIB.
Comment les économies prévues seront-elles réparties entre l’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale ?
En tant qu’analyste, je suggère de cibler les mesures les moins efficaces en termes de coût/bénéfice. Il n’est pas évident qu’un secteur particulier soit plus gaspilleur qu’un autre. Cependant, il existe une contrainte politique ; traditionnellement, les gouvernements contrôlent davantage les dépenses de l’État. Pour la Sécurité sociale, la gestion est plus complexe, tout comme pour les collectivités locales qui bénéficient du principe de libre administration. Les gouvernements tendent donc à examiner en premier lieu les dépenses de l’État.
À mon avis, le problème principal n’est pas tant l’efficience que la transparence des dépenses publiques. Les citoyens sont-ils bien informés des objectifs des dépenses et des recettes dans le débat public ? Comprend-on clairement, par exemple, les dépenses en défense ou en santé dans le budget 2025 ? Il semble que la vision de l’utilisation des fonds publics soit encore trop limitée. Une meilleure transparence des dépenses publiques serait bénéfique.
Le gouvernement envisage de rendre permanent un mécanisme contre la suroptimisation fiscale après 2025. En quoi l’optimisation fiscale bénéficie-t-elle principalement aux ménages les plus riches ?
Il est essentiel de comprendre que les personnes aux revenus les plus élevés ne déclarent souvent pas l’intégralité de leurs revenus sur leur déclaration fiscale. Comment ? En plaçant la majorité de leurs revenus dans des structures intermédiaires (holdings) entre leur activité professionnelle et leur compte bancaire personnel. Tant qu’ils ne distribuent pas ces revenus, aucun impôt n’est dû. Cela résulte en des taux d’imposition effectifs plus bas comparés à ceux des ménages qui n’ont pas accès à ces stratégies.
Par exemple, les 75 ménages les plus riches de France ont un taux d’imposition effectif d’environ 25 %, tandis que les 40 000 personnes les plus riches paient environ 45 % en impôts directs. Ce décalage persiste car, pour les plus hauts revenus, beaucoup ne seront jamais distribués. Lors de la transmission à la génération suivante, les plus aisés peuvent utiliser des mécanismes de réduction d’impôt. En termes de pérennisation du mécanisme contre la suroptimisation fiscale, si le gouvernement cherche à maximiser les recettes, il devra cibler une large base d’imposition. Sinon, l’objectif pourrait être de convaincre le public que la justice fiscale s’applique à tous.
Jean-Victor Semeraro
Articles similaires
- Gestion des coûts en santé : Comment l’Assurance maladie compte-t-elle renforcer le contrôle ?
- Fraude Sociale : Révélation Choc du Nouveau Projet de Loi par Catherine Vautrin !
- Impôts: 41% financent la protection sociale en 2024, sa part baisse et la défense grimpe
- Sénat 2026 : Découvrez le projet audacieux pour réduire le budget!
- Alerte Budget au Royaume-Uni: Des Coupes Drastiques Imminentes!

Claire Leblanc est analyste économique passionnée par les tendances financières. Elle décode pour vous les enjeux du marché européen avec des analyses claires et accessibles.



