Temps d’écran pour enfants: bénéfique ou nocif? Tout dépend du contenu!

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Par : Pierre Dupont

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Les écrans occupent une place prépondérante dans le monde moderne, et des débats continuent parmi les experts et les parents sur l’opportunité d’exposer les jeunes enfants à ces technologies. Quel est donc l’impact réel du temps passé devant un écran sur le développement neuropsychologique d’un enfant ?

De nombreuses associations pédiatriques préconisent de limiter l’exposition pendant l’enfance, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans. Toutefois, les recherches indiquent que la situation n’est pas tout à fait claire – le contexte et le contenu du temps d’écran sont cruciaux pour en déterminer l’impact.

Effets physiques

Plusieurs études ont révélé que l’utilisation prolongée des écrans peut entraîner une fatigue oculaire, la sécheresse des yeux et la myopie chez les enfants.

De plus, la technologie ne peut ni ne doit remplacer la stimulation naturelle dont les enfants ont besoin. Le jeu libre, l’exercice physique, les interactions en face à face et le contact avec la nature sont essentiels au développement de l’enfant, mais remplacer ces expériences par un temps d’écran excessif et passif peut augmenter les risques d’obésité, de troubles visuels et de difficultés d’apprentissage.




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Effets neuropsychologiques

Au-delà des effets physiques, les impacts du temps d’écran sur des fonctions telles que l’attention, l’apprentissage du langage et la régulation émotionnelle préoccupent. Une revue de 102 études réalisées chez des enfants de moins de trois ans souligne que la quantité de temps d’écran n’est pas le seul facteur – les conditions et le contexte sont également d’une importance capitale.

Par exemple, la présence d’un adulte commentant ou interagissant avec le contenu peut améliorer l’apprentissage et l’attention de l’enfant. En revanche, une exposition passive ou non supervisée peut nuire au développement cognitif.

L’utilisation d’écrans en arrière-plan, comme laisser la télévision allumée pendant que l’enfant joue, interfère également avec le jeu, l’attention et l’interaction, même si l’enfant ne regarde pas directement l’écran.

Utilisés à des fins éducatives et sous supervision, les tablettes, téléphones portables et télévisions peuvent être des outils d’apprentissage précieux, mais un usage négligent peut limiter les interactions sociales essentielles au développement du cerveau.

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Le vrai problème : le contenu inapproprié

Le principal risque n’est pas nécessairement l’écran lui-même, mais ce qu’il affiche. Une exposition précoce à du contenu non adapté aux enfants est associée à des difficultés dans l’attention et les fonctions exécutives, notamment le contrôle inhibiteur (une partie essentielle de la régulation du comportement et de la cognition), et à des retards dans l’apprentissage du langage. Bien que les études n’établissent pas de causalité, on peut dire que ces problèmes ne sont pas uniquement dus au temps d’écran.

Un niveau élevé d’utilisation indistincte de télévisions, d’ordinateurs, de téléphones ou de tablettes chez les jeunes enfants (vers 3 ans) est associé à de pires niveaux de contrôle inhibiteur, ainsi qu’à un niveau d’activation cérébrale inférieur dans les zones du cerveau concernées (le cortex préfrontal).

De plus, regarder la télévision à l’âge de deux ans a un effet négatif sur les fonctions exécutives un an plus tard – une étude de 2010 indique que les enfants qui regardaient le plus la télévision étaient également les plus mauvais à cet égard à l’âge de quatre ans.

Regarder passivement des plateformes telles que YouTube peut également avoir des effets négatifs sur les plus jeunes : les enfants âgés de deux à trois ans qui sont plus exposés à cette plateforme ont tendance à présenter des niveaux inférieurs de développement linguistique. Les chercheurs attribuent cet effet à la réduction mentionnée de l’interaction sociale.




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Et le contenu adapté aux enfants ?

C’est là que l’histoire change. Les contenus éducatifs et destinés aux enfants peuvent avoir des effets positifs, surtout s’ils sont accompagnés d’interaction.

Par exemple, les programmes numériques conçus pour améliorer l’attention et les fonctions exécutives chez les enfants âgés de 4 à 6 ans ont non seulement montré des améliorations dans ces capacités, mais aussi en intelligence, attention et mémoire de travail. Il semble que certains facteurs congénitaux, comme la présence du gène DAT1 lié à la dopamine, puissent influencer l’efficacité de ces programmes.

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Regarder du contenu éducatif améliore également le langage (concepts numériques, spatiaux et vocabulaire) chez les enfants de 3 et 4 ans, surtout si le contenu présenté possède une narrative riche.

De plus, la technologie peut favoriser l’inclusion sociale et l’intervention. Chez les enfants psychosocialement vulnérables âgés de 4 à 5 ans, les interventions numériques stimulent la mémoire de travail et l’autorégulation. Chez les enfants atteints d’autisme (âgés de 3 à 16 ans), une étude de 2017 a trouvé que l’intervention numérique améliore l’attention et l’interaction sociale.

L’utilisation de programmes numériques en complément de l’interaction familiale a également montré une amélioration du développement linguistique chez les enfants présentant des retards de langage âgés de 2 à 4 ans.

Cependant, il faut garder à l’esprit que les preuves des effets neuropsychologiques positifs sont plus fortes chez les enfants âgés de 6 ans et plus. À cet âge, les enfants montrent même des niveaux élevés de transfert, ce qui signifie qu’il y a des effets visibles dans leur vie quotidienne qui vont au-delà des processus entraînés dans une application ou un programme numérique. Cela inclut l’intelligence, la régulation émotionnelle-comportementale, la performance académique et les fonctions exécutives.

Mouvement, exploration et socialisation

Malgré leurs avantages potentiels, il ne faut pas oublier que les écrans ne peuvent pas remplacer le jeu libre, l’exercice physique et l’interaction sociale.

Cela dit, une revue récente chez des enfants âgés de 4 à 12 ans a conclu que la technologie peut également jouer un rôle positif lorsqu’elle est intégrée de manière proactive dans le jeu physique et social. Cela peut inclure jouer avec des objets intelligents (comme un ballon qui enregistre les coups de pied ou une balançoire avec des capteurs qui distribuent des prix virtuels) et des jeux pervasifs, qui utilisent le GPS et la réalité augmentée pour encourager le mouvement.

En résumé, la technologie peut stimuler le mouvement, l’exploration et la socialisation, mais seulement si elle est conçue avec ces objectifs en tête.

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Recommandations des experts

Plusieurs organismes experts ont formulé des recommandations sur la manière d’utiliser au mieux le temps d’écran :

  • L’Académie américaine de pédiatrie suggère d’éviter les écrans pour les enfants de moins de 18 mois (sauf pour les appels vidéo). Lorsqu’ils ont entre 18 et 24 mois, il est recommandé de consommer uniquement du contenu de qualité, toujours accompagné par un adulte. Pour les enfants âgés de 2 à 5 ans, un maximum d’une heure par jour de contenu éducatif devrait être autorisé.

    Ils recommandent également d’utiliser les écrans comme outil éducatif (plutôt que comme distraction), de donner l’exemple d’une utilisation saine de la technologie par nos propres actions, et de les éviter avant le coucher.

  • L’Organisation mondiale de la santé recommande de limiter le temps d’écran à un maximum de 1 heure par jour pour les enfants âgés de 2 à 4 ans, et de 2 heures pour les enfants âgés de 5 à 17 ans.

Les écrans ne sont pas l’ennemi

Dire que « les écrans sont mauvais » est comme dire que le papier est nocif à cause des livres qui y sont imprimés. Ce qui compte, ce n’est pas le support mais le contenu, le contexte et la qualité de l’interaction.

Le défi est donc de trouver un équilibre, de respecter le développement de l’enfance, et d’utiliser la technologie de manière utile, et non comme substitut au jeu, à l’interaction et à l’expérience physique.

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