Apprendre une langue comme un bébé: Découvrez les méthodes infaillibles !

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Par : Pierre Dupont

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Apprendre une nouvelle langue à un âge avancé peut s’avérer être une expérience frustrante et presque paradoxale. Théoriquement, nos cerveaux d’adultes, plus matures et expérimentés, devraient faciliter l’apprentissage. Pourtant, ce sont les jeunes enfants, encore analphabètes, qui semblent acquérir les langues avec une aisance déconcertante, contrairement aux adultes.

Dès leur séjour dans l’utérus, les bébés entament leur parcours d’apprentissage linguistique. Une fois que leurs oreilles et leur cerveau le permettent, ils s’harmonisent au rythme et à la mélodie de la parole qui traverse le ventre maternel. Quelques mois après la naissance, ils commencent à segmenter le flux continu de parole en blocs et apprennent à reconnaître les sons des mots. Lorsqu’ils commencent à ramper, ils réalisent que de nombreux blocs de parole désignent des objets autour d’eux. Il leur faut plus d’un an d’écoute et d’observation avant de prononcer leurs premiers mots, la lecture et l’écriture venant bien plus tard.

Cependant, pour les adultes qui apprennent une langue étrangère, le processus est souvent inversé. Ils commencent par apprendre des mots, souvent à partir de textes écrits, et tentent de les prononcer avant même de maîtriser les sonorités globales de la langue.

S’adapter à une nouvelle langue

Notre récente étude révèle que les adultes sont capables de saisir rapidement les motifs mélodiques et rythmiques d’une langue totalement nouvelle. Elle confirme que le mécanisme d’acquisition de la langue maternelle reste intact dans le cerveau adulte.

Dans notre expérience, 174 adultes tchèques ont écouté 5 minutes de maori, une langue qu’ils n’avaient jamais entendue auparavant. Ils ont ensuite été testés sur de nouveaux extraits audio en maori ou en malais, une autre langue inconnue mais similaire, et devaient indiquer s’ils entendaient la même langue que précédemment ou non.

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Les phrases testées étaient acoustiquement filtrées pour imiter la parole entendue dans l’utérus. Cela préservait la mélodie et le rythme, mais éliminait les fréquences supérieures à 900 Hz, qui contiennent les détails des consonnes et des voyelles.

Les auditeurs ont réussi à distinguer correctement les langues plus souvent qu’autrement, démontrant qu’une très brève exposition suffisait pour qu’ils saisissent implicitement les motifs mélodiques et rythmiques d’une langue, à l’instar des bébés.

Cependant, lors de la phase d’exposition, seul un groupe de participants a simplement écouté – trois autres groupes écoutaient tout en lisant des sous-titres. Ces sous-titres étaient soit dans l’orthographe maorie originale, où les sons de la parole correspondent systématiquement à des lettres spécifiques (comme en espagnol), modifiés pour réduire la correspondance son-lettre (comme en anglais, par exemple « sight », « site », « cite »), ou ils étaient translittérés en un alphabet inconnu des participants (hébreu).

Les résultats ont montré que la lecture des orthographes alphabétiques entravait effectivement la sensibilisation des adultes à la mélodie et au rythme globaux de la langue nouvelle, réduisant leurs performances aux tests. En tant que débutants complets, les participants ont pu apprendre davantage de maori sans aides textuelles de quelque nature que ce soit.




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L’analphabétisme initial favorise l’apprentissage

Notre recherche s’appuie sur des études précédentes qui ont découvert que l’orthographe peut interférer avec la façon dont les apprenants prononcent les voyelles et les consonnes d’une langue non native. Des exemples parmi les apprenants d’anglais incluent des Italiens qui allongent les lettres doubles, ou des Espagnols qui confondent des mots comme « sheep » et « ship » en raison de la lecture des « i » et « e » en espagnol.

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Notre étude montre que l’orthographe peut même entraver notre capacité naturelle à écouter la mélodie et le rythme de la parole. Les experts cherchant des moyens de réveiller les capacités d’apprentissage des langues chez les adultes devraient donc considérer l’impact potentiellement négatif d’une exposition prématurée à l’orthographe alphabétique dans une langue étrangère.

Des études précoces ont proposé qu’une période « sensible » putative pour acquérir les motifs sonores d’une langue se termine vers l’âge de 6 ans. Ce n’est pas un hasard si c’est l’âge auquel de nombreux enfants apprennent à lire. Il existe également des recherches sur les nourrissons montrant que commencer par les caractéristiques globales de la parole, telle que sa mélodie et son rythme, sert de passerelle vers d’autres niveaux de la langue maternelle.

Une approche inversée de l’apprentissage des langues – qui commence par des formes écrites – peut effectivement nuire à la sensibilisation des adultes à la mélodie et au rythme d’une langue étrangère. Cela affecte leur capacité à percevoir et produire la parole de manière fluide et, par extension, d’autres compétences linguistiques comme l’utilisation de la grammaire et du vocabulaire.

Une étude avec des élèves de première et troisième année confirme que les enfants analphabètes apprennent une nouvelle langue différemment des enfants alphabétisés. Les non-lecteurs étaient bien meilleurs pour apprendre quel article accompagnait quel nom (comme dans l’italien « il bambino » ou « la bambina ») que pour apprendre des noms individuels. En revanche, l’apprentissage des lecteurs était influencé par la forme écrite, qui met un espace entre les articles et les noms.

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Apprendre comme un bébé

Écouter sans lire pourrait nous aider à arrêter de nous concentrer sur les voyelles, les consonnes et les mots séparés, et plutôt à absorber le flux global d’une langue, tout comme le font les nourrissons. Notre recherche suggère que les apprenants adultes pourraient bénéficier d’une approche plus axée sur l’audition – en s’engageant avec la langue parlée avant d’introduire la lecture et l’écriture.

Les implications pour l’enseignement des langues sont importantes. Les méthodes traditionnelles mettent souvent l’accent sur la lecture et l’écriture dès le début, mais un virage vers des expériences d’écoute immersive pourrait accélérer la maîtrise orale.

Les apprenants de langues et les éducateurs devraient donc envisager d’ajuster leurs méthodes. Cela signifie s’immerger dans des conversations, des podcasts et des discours natifs dès les premières étapes de l’apprentissage de la langue, sans chercher immédiatement le mot écrit.

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